samedi 30 décembre 2006

Une après-midi au marché d'Izmaïlovo


photo: l'enceinte du marché en plein air d'Izmaïlovo


La ville de Moscou comprend plusieurs marchés. Quand je dis marché je n’entends pas du tout le petit marché de quartier plein de charme italien mais plutôt le grand marché de type Rungis, à côté de Paris, où l’on y vend de tout, allant du dvd piraté au fruits et légumes en passants par les fausses montres jusqu’aux chapkas et aux vieux jouets soviétiques.

N’étant pas une grande fanatique des grands marchés après avoir vu ceux de Bangkok, mais plutôt une adepte du marché provençal sous les platanes le dimanche matin, je repousse la visite jusqu’au jour où après m’être faite arnaquée deux ou trois fois en achetant des dvds en anglais qui s’avéraient être uniquement en russe, je décide, avec ma copine Aurore de tenter l'aventure.

Nous décidons d’y aller un samedi, le rendez-vous était fixé à la station de métro Ploshchad Revolutsii à 14 heures. Nous devions descendre à la septième station de métro. Ni elle ni moi n’y avions donc mis les pieds auparavant. La seule chose que nous savions était que le marché était très visible depuis la station de métro et qu’il ne fallait que suivre la marée humaine pour y arriver.

En toute logique, sur la ligne de métro il y a une station qui s’appelle « Izmaïlovo », on se dit alors que c’est « notre station »et que nous descendrons à celle-ci. 1,2,3 départ nous sautons dans le métro et descendons à la septième station, environ une demie heure plus tard. Une fois sur le quai, nous regardons autour de nous mais aucun signe plus ou moins évident d’un grand marché à proximité. Nous décidons de demander notre chemin aux personnes qui attendent sur le quai mais nous ne comprenons pas les réponses. Le seul mot qui nous interpelle est le mot "Partizanskaya". C’est en jetant un coup d’œil à notre plan du métro que nous comprenons l’erreur ! nous nous sommes trompées de station !

Nous repartons donc en sens inverse et cette fois-ci nous y sommes ! Nous sortons de la station de métro jusqu’à la première rue mais n’étant pas non plus frappées par une masse humaine, nous décidons de marcher un peu jusqu’à ce qu’on trouve un signe de ce fameux marché. Au bout de 5 minutes, la délivrance nous sommes juste à côté d’un minibus qui a l’air de faire la navette de la station au marché. Ni une ni deux nous payons la modique somme de 15 roubles (env. 40 centimes) et montons dans le wagonnet blanc. Bien évidemment nous sommes les seules à parler français ; certains passagers nous ignorent totalement, d’autres nous regardent comme deux spécimens de foire.

Nous arrivons enfin mais à l’évidence nous ne sommes pas au bon endroit. Nous entrons dans un marché couvert où il n’y a que des vêtements. Tout est alors exactement comme les marchés en Asie la chaleur en moins. Il s’agit d’une petite fourmilière qui grouille de monde, des marchants, ouzbeks pour la plupart, courent avec leurs chariots et leurs brouettes remplies de toutes sortes d’objets dans tous les sens, nous ne manquons d’ailleurs pas de nous faire écraser par l’un deux. Nous essayons de demander où se trouvent les matriochkas et les dvds mais il est tellement difficile de se repérer dans ce dédale de petites ruelles quadrillées, que nous tournons littéralement en rond durant 30 minutes. Finalement je ne sais même plus comment nous nous sommes retrouvées devant l’entrée de « notre » marché tant désiré.

Nous nous acquittons de notre droit d’entrée de 10 roubles et finalement nous apercevons nos mythiques matriochkas alignées sur les stands et plusieurs autres stands qui vendent un nombre incroyable de ce que j’appelle des « guignol ries » inutiles.
Nous marchons le long des allées et scrutons attentivement ce marché aux bonnes affaires pour étrangers (d’où le droit d’entrée de 10 roubles, les autres marchés ne sont pas payants). Nous passons devant le stand des photos en noir et blanc, des fausses montres, des nappes, des chapkas, des matriochkas, des insignes soviétiques de tout genre, et puis le stand des chachliks (brochettes caucasiennes de viande – bœuf, poulet ou agneau servies généralement avec une tranche de pain). Cette petite ballade sans fin dans ce grand labyrinthe nous ayant donné un peu faim, nous décidons d’en commander deux et de les manger à l’intérieur, au chaud. Une fois attablées, nous remarquons d’autres touristes notamment américains et français qui en grignotent aussi.

Le temps passe et nous décidons de nous diriger vers ce pour quoi nous étions venues : les fameux cds et dvds piratés. Effectivement, nous trouvons le stand et il y a un choix incroyable de films qui ne sont même pas encore sortis en France sur grand écran et tout ça pour la modique somme de 100 roubles (2,5 euros) chacun. Quelle chance je vais enfin pouvoir mettre à jour la vidéothèque et nous allons pouvoir regarder autre chose que TV5 et Euronews !.

Nous repartons finalement chacune avec 10 dvds en se promettant d’y revenir bientôt.

jeudi 28 décembre 2006

Un homme, une architecture

photo: un des projets pour la construction du Palais des Soviets qui aurait été la plus haute réalisation au monde

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L'architecture stalinienne est non seulement liée au pouvoir, elle est le pur produit d'un homme qui, à lui seul, incarnait le pouvoir: Staline. Son architecture apparaîtra à son arrivée au pouvoir et disparaîtra avec sa mort. Tout comme le caractère et la personnalité de Staline ne changeront plus suite à sa prise de pouvoir, l'architecture stalinienne restera inchangée de ses premiers essais à ses dernières réalisations. L'architecture stalinienne sera l'un des nombreux produits du stalinisme, produit utilisé non pas pour servir les prolétariens et le socialisme, mais les propres intérêts du Parti, de la bureaucratie et enfin de Staline lui-même. L'art sera relégué au rand de simple propagande.

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Durant les années 20, alors que la prise du pouvoir par Staline n'était pas encore totale, on assiste en URSS à une explosion culturelle qui se déroule sur deux plans. L'un concerne les larges masses qui étaient auparavant privées de culture et des moyens d'y accéder. L'autre concerne les intellectuels, les futuristes et les constructivistes, ceux qui la veille étaient méprisés par la bourgeoisie et qui estiment leur heure venue.


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Cette première partie de l'histoire culturelle de l'URSS est basée sur le rejet absolu de la culture ancienne et l'imagination des structures de la société à venir. Les architectes imaginent une nouvelle architecture technico-rationaliste. Ils créent "les nouveaux condensateurs sociaux", des bâtiments conçus comme des machines pour transformer l'homme. Le principal condensateur social, celui dans lequel devait naître un mode de vie nouveau, c'était le logement. C'est ainsi qu'apparaîtront les maisons communes. L'homme ne possède en propre que sa cellule de 9 m2 mais il a tout ce qui est nécessaire à son épanouissement social dans les lieux communs, bibliothèque, salle de musculation, club, etc... Tel est le modèle de civilisation qu'on se propose de bâtir au cours des années 20. Ce modèle restera une utopie.

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Au vu des années 20, on peut se poser la question suivante: comment, dans un pays qui se veut être le berceau du socialisme avec un parti dirigeant prônant le pouvoir du prolétariat, une théorie aussi socialiste que celle proposée fut finalement condamnée et oubliée? Comment une architecture (constructiviste) en accord total avec les théories de la révolution fut-elle remplacée par une architecture réaliste socialiste qui, en fin de compte, n'a rien de socialiste?

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Pendant les années 20 et le début des années 30, aucune discussion sur l'art, ne peut être conduite autrement qu'en terme politique, en rattachant le débat à la lutte politique en cours. A cette époque deux organisations d'architectes vont représenter le courant moderniste en URSS. La première est un mouvement formaliste qui ne prendra appui sur aucune considération politique. La seconde au contraire prétend se situer dans la ligne de l'édification d'une société socialiste. Les ennemis du modernisme s'organiseront en une Union des architectes prolétariens et sera constituée de jeunes architectes jusqu'alors inconnus dont la seule motivation est le pouvoir. Ils s'attaqueront au modernisme, et plus précisément au constructivisme, mouvement principal du modernisme. Du point de vue architectural, elle décrit vaguement une architecture prolétarienne mélangeant héritage culturel et technique moderne (prémisse du réalisme socialiste). La fin de tous les débats sera la même, se sont des "projets" éliminés suite aux décisions du Parti et aux volontés de la nouvelle classe dirigeante: la bureaucratie!

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La fin des débats sera annoncée par la résolution du comité central et publiée dans la Pravda du 29 mai 1930 qui éclate comme un coup de tonnerre sapant les bases politiques et sociales sur lesquelles les constructivistes avaient édifié leurs théories architecturales. En deux mots, cette résolution condamne ces courants en les considérant comme "des conceptions nuisibles et utopiques qui ne tiennent compte ni des ressources matérielles du pays, ni du degré de préparation de la population (...). Tout ceci amènerait à d'extraordinaires dépenses et su discrédit de l'idée même d'une transformation socialiste du mode de vie."


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Pourquoi cette décision? tout simplement parce que les bureaucrates se rendaient compte que ce nouveau mode de vie ne leur apporterait aucun avantage. Ils ne voulaient pas d'une architecture pour le prolétariat, ce qu'ils voulaient c'était vivre comme la bourgeoisie, celle qu'ils avaient combattue.


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Ils utilisèrent d'autres arguments moins valables qui étaient par contre mieux compris par les masses dont le principal et le plus grave était que le constructivisme imite l'Occident. La fin des années 20 marque le début de l'ère stalinienne au cours de laquelle on ne pourra plus exprimer librement ses opinions. Elle marquera, dans le domaine des arts, le début de la théorie du réalisme socialiste, qui durera plus de 25 and et qui gèlera tout progrès dans ce domaine.



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A partir de 1930, Staline règne en maître absolu sur l'URSS. Le premier plan quinquennal qui devrait permettre à l'URSS de rattraper la production capitaliste est lancé. Dans le domaine des arts il ne s'agit plus d'inventer un nouveau style, de nouvelles techniques, mais de rapporter "fidèlement" la réalité de cette nouvelle société socialiste car, pour les dirigeants, le socialisme n'est plus à édifier, il l'est déjà. Il s'agit donc d'être les témoins "objectifs" de l'amélioration des conditions de vie et de l'accélération de l'industrialisation. Cet art doit être descriptif et surtout immédiatement compréhensible pour tous.

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Cela explique le retour au classicisme, l'apparition d'un art de glorification et du monumentalisme comme la forme la plus adaptée au "contenu grandiose" de la société socialiste. Art monumental, adaptation fidèle du classicisme, tel sera le canon de l'esthétique des années 30. La grandeur architecturale est censée refléter la grandeur du socialisme, l'immensité de l'espace physique du premier Etat socialiste, en un mot, la puissance de l'URSS (voir photos en bas de l'article).


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L'architecture stalinienne s'inspirera en grande partie du style Empire russe et prendra pour modèle St-Petersbourg. Quel paradoxe! l'architecture stalinienne est directement inspirée de celle qu'utilisaient l'aristocratie et la bourgeoisie. Celles-ci même qu'avaient combattu les communistes!. Les architectures grecques et romaines seront aussi des références et dès lors plus aucun bâtiement ne sera construit sans colonne.


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On relèvera également une caractéristique essentielle de l'architecture stalinienne qui est en inéquation avec la situation existante en URSS. Au début des années 30, la situation du logement était toujours aussi catastrophique, sinon plus que dans les années qui suivirent la Révolution. Une attitude en apparence logique aurait été de développer des constructions simples adaptées à une situation urgente...

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Là encore nous voyons le peu d'intérêt socialiste qu'avait le Parti car, sur le nombre de bâtiments destinés à l'habitation, la plupart furent réservés à une élite: la bureaucratie. Cette architecture a peut-être même contribué à agrandir le fossé entre les classes.

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C'est dans le milieu urbain que les principes du réalisme socialiste furent appliqués avec le plus de force et c'est Moscou, plus précisément la Rue Tverskaya (rue Gorki sous le régime) qui en fut le banc d'essai. Elle sera le premier exemple de la monumentalité stalinienne (1937-1939). Elle constitue également un tour de force technique incontestable puisqu'elle fut élargie de 20 à 60 mètres!. Toutes les rues principales de Moscou ne furent pas entièrement refaites comme la rue Tverskaya. On utilisera un procédé plus simple pour en changer l'aspect: le "façadisme". Ainsi dès 1930, les principales artères de Moscou furent parées de façades grandioses à la décoration clinquante.

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A la fin des années 40, le coût des finitions extérieures de tels bâtiments représentait 30% de leur budget total sans parler du fait que les innombrables flèches, tourelles, arches, sculptures et halls d'entrée réduisaient l'espace habitable au minimum.
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Les réalisations où seront exprimées avec le plus de force les idées du réalisme socialiste sont étonnamment les stations de métro moscovites: plafonds immenses d'où pendent d'étincelants candélabres de cristal, statues grecques sur balustrades renaissance, mosaïques recouvrant des murs entiers etc. Chaque station de la première ligne avait nécessité en moyenne 1,700 m3 de marbre; celles de la seconde ligne en ont elles utilisé jusqu'à 2,500 m3 chacune. Dans les dernières stations construites, le premier niveau où l'on achetait les billets faisait jusqu'à 15 m de haut.
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Il faut rappeler que le métro de Moscou était, au moment de sa réalisation, l'ouvrage le plus avancé de ce type dans le monde. Finalement, quoi d'étonnant à ce que le réalisme socialiste se soit exprimé avec le plus de force dans les stations de métro alors que justement son but était de rendre l'art accessible à tous.
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Pour ce qui est des destructions d'édifices destinées à libérer des espaces pour la construction de nouveaux, il ne semble pas que l'on ait détruit des bâtiments en raison de leur attachement à l'ancien régime. Saint-Petersbourg, comme on l'a vu plus haut, fut même prise comme modèle architectural. Par contre, les édifices religieux furent les cibles de destructions plus symboliques qu'utilitaires. La religion n'ayant pas sa place dans l'idéologie communiste, considérée par Karl Marx comme l'opium du peuple.
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Cependant, la plupart des destructions sur le territoire soviétique n'étaient pas volontaires. L'URSS est le pays qui a subi le plus de destructions durant la Deuxième Guerre mondiale. 32,000 entreprises industrielles détruites, 1,710 villes totalement ou partiellement rasées, 70,000 villages totalement détruits, 70 millions de m2 de surface habitable disparurent et 25 millions de personnes restèrent sans abris. La situation du logement avant la guerre était catastrophique avant la guerre, elle devint insoutenable après celle-ci. Pourtant les principes architecturaux resteront inchangés jusqu'à la mort de Staline en 1953.
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Le dernier évènement architectural de la période stalinienne, et le seul pouvant constituer un tournant dans l'architecture, est la construction des "7 tours staliniennes" de Moscou. Ces 7 immeubles, bien que monumentaux, n'étaient pas des copies de l'antiquité. Certes, les ornements sont encore nombreux mais il s'agit d'un style unique. Ce style bien qu'apparût à la fin de l'époque stalinienne et présent sur moins de 10 bâtiments, est celui qui va être associé à l'architecture stalinienne. Si vous demandez à quelqu'un ce à quoi lui fait penser l'architecture stalinienne, il répondra "Gros, grand, carré et lourd" oubliant 25 années de copie passéiste de l'antiquité.
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Pour ce qui est de ce changement de fin de règne, il ne sera officiellement jamais question de tournant car, comme on le sait, le Parti ne se trompe jamais et ne procède jamais à un tournant politique (l'architecture était bien une affaire politique). L'explication, tirée du marxisme est la suivante: "Les architectes soviétiques ont toujours rêvé de réaliser des édifices de grande hauteur. Ce qui avait été un rêve est, par les efforts opiniâtres du Parti, devenu réalité."







photo: Le logo des J.O. de Moscou en 1980 évoque les gratte-ciel
staliniens.









Les sept plans furent signés et approuvés par Staline lui-même et les 7 immeubles obtinrent le prix Staline... Le gratte-ciel stalinien marquera la fin de la théorie du réalisme socialiste en architecture.
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Staline meurt le 6 mars 1953 et c'est Krouchtchev qui devint secrétaire général du Parti. Il condamnera le culte de la personnalité et c'est le début de la période dite de déstalinisation. Le Parti dénonça les incohérences et trouva des boucs-émissaires. On désigna les architectes comme seuls responsables des excès "décorationistes" qui avaient entraîné la flambée des prix. C'est ainsi que le Parti expliqua au peuple que les 30 ans de crise aigüe du logement et de l'équipement qui les avaient forcés à s'entasser dans des appartements communautaires et à faire des interminables queues devant les trop rares magasins, avaient pour seules explications l'engouement des architectes pour les formes classiques et leur oubli des besoins du peuple. Evidemment la question ne posait pas de savoir pourquoi le Parti à l'époque n'avait rien dit.
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Pour ce qui est de l'après Staline en architecture, Krouchtchev fera construire des milliers de "cages à lapins" afin de palier à la crise du logement alors que sous Brejnev, on construira d'immenses tours. Durant les années 90 se sera une architecture débridée affichant la richesse des nouveaux russes. Actuellement l'architecture stalinienne redevient à la mode à Moscou. Les immeubles de grande hauteur sont très prisés et le prix de vente peut atteindre 10,000$ le m2. Le concept d'une ville dans la ville, avec magasins, restaurants, fitness... est très apprécié. Le problème est que les bâtiments de l'époque stalinienne ne répondent plus aux exigences contemporaines.
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mercredi 20 décembre 2006

"L'enfer c'est les autres"

Photo de Michaïl Boulgakov

Pour beaucoup un appartement communautaire est encore une spécificité de la Russie et des anciens blocs de l'Est, mais de façon générale, pour un habitant de l'ouest de l'Europe il s'agit d'une notion un peu abstraite. Qui peut se vanter chez nous d'en avoir vraiment vu un?
Depuis mon arrivée à Moscou, je me suis demandée plusieurs fois s’il en existait toujours et si tel était le cas, s'il était possible d'en visiter? J’ai parcouru mon guide du routard plusieurs fois et je suis tombée sur « l’appartement de Boulgakov ». En regardant d’un peu plus près, je me suis rendue compte qu’il n’était pas loin de chez nous sur la rue Bolchaya Sadovaïa au numéro 10.

Un samedi d’hiver, en manque d'exotisme soviétique et ne sachant trop que faire, je décide de partir le visiter avec ma copine Marie.

Il s’agit de l’appartement communautaire numéro 50 qu’habita Boulgakov (écrivain originaire de Kiev – auteur du « Maître et Marguerite »), de 1921 à 1924. Il n’en garda pas, dit-il un souvenir impérissable (je le comprends !). Comme tous les appartements communautaires qui se respectent il y a une pièce par famille (que je considère comme petite), les sanitaires et la cuisine sont bien évidemment collectifs.

Après de nombreux conflits entre les habitants de la maison et une association bénévole qui voulait en faire un musée, cette dernière a finalement gagné son pari et l’appartement-musée est ouvert au public depuis peu. Leur projet était de reconstituer l’appartement communautaire des années 30. On y trouve d’ailleurs des meubles et des objets d’époque et une des premières pièces à l’entrée à été aménagée en une petite salle de concert. Il y a quelques tables où les curieux et les admirateurs peuvent prendre un thé en écoutant gratuitement des chanteurs en uniforme soviétique entonner des chants patriotiques ou traditionnels. L’atmosphère est très bon enfant et on a l’impression d’avoir fait un bond dans le passé de plusieurs dizaines d’années. J'avais donc trouvé ce que je cherchais!

J’ajoute que des centaines de milliers de russes, aujourd’hui encore, vivent dans des appartements communautaires et que ce reliquat de l’époque soviétique résiste, à travers les décennies, aux politiques mises en œuvre pour l’éradiquer.

L’enfer de la vie en appartement communautaire « kommunalka » perdure depuis bientôt 90 ans en Russie. Il concerne des milliers de Russes, contraints de vivre ensemble sans qu’aucun lien familial ou social ne les lie.Les kommunalki sont apparus en 1917, alors que la crise du logement, liée à l’explosion démographique urbaine, nécessitait une solution urgente. En effet, l’idéal bolchevique d’une organisation sociale dans les maisons communes s’avéra vite irréalisable, en raison notamment de son coût.

Le pouvoir soviétique décida donc, dès mars 1918, de réquisitionner tous les hôtels particuliers et les appartements de «bourgeois». On eut tôt fait de les réaménager et d’y installer, provisoirement, des familles ouvrières, logées aux côtés des propriétaires. Ces derniers furent définitivement privés de leurs droits en 1929. Dès lors, c’est l’Etat seul qui géra le patrimoine immobilier national.

Dans les années 1930, les couches supérieures de la société soviétique commencèrent à s’embourgeoiser et à aspirer à un mode de vie plus confortable. Si, dix ans auparavant, toute manifestation de la vie «privée» était contre-révolutionnaire, celle-ci fut alors encouragée. C’est à cette époque qu’on lança des programmes de construction d’immeubles de «style stalinien».

La kommunalka restait encore l’habitat de la majorité de la population, avec son mode de vie, ses conflits, sa saleté, ses parties communes dégradées… Ce qui n’était pas un projet idéologique mais un mal temporaire s’ancra donc dans le temps et dans la société soviétique. Après la Grande Guerre Patriotique, une politique nationale de logements fut mise en œuvre. «A chaque famille – son appartement !» devint le slogan officiel. On construisit alors des immeubles sobres et fonctionnels, aux plafonds bas et aux pièces plus petites.

Ainsi, dans les années 1960, plus de la moitié des appartements des grandes villes étaient habités par une seule famille. Leningrad était alors surnommée la «ville des kommunalki» («gorod kommunalok») : elle comprenait (c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui) le plus grand nombre d’appartements communautaires de toute l’URSS. Ensuite venait Moscou. Les villes de province, elles, restaient relativement épargnées par ce phénomène.

Malgré ces efforts, le manque de logements contribua au maintien des kommunalki. Pour désengorger les listes d’attente d’accession aux appartements particuliers, certains individus en étaient d’emblée exclus : célibataires, retraités et jeunes mariés.

A partir des années 1970, les couches sociales idéologiquement favorisées se virent attribuer plus rapidement un appartement. On assista ainsi à une homogénéisation de la composition sociale des kommunalki : une étude réalisée en 1988-1989 à Leningrad montre que ce sont alors, en majorité, des personnes âgées ou pauvres qui y vivent.

A partir de 1991, les appartements ont pu être privatisés ; dans les kommunalki, il fallait que tous les voisins soient d’accord.

A partir de 1996, la privatisation d’une seule pièce à la fois a été autorisée. Des agences immobilières s’occupaient de reloger les anciens occupants, avant de vendre l’appartement à un particulier. Le nombre d’appartements communautaires a ainsi diminué de moitié en moins de dix ans. Restent aujourd’hui les immeubles les plus délabrés et les moins bien placés, peu propices à attirer de potentiels acquéreurs.

En 2002, on compte à Moscou 100.000 kommunalki, dans lesquelles vivent 452.000 personnes (5,3 % de la population de la ville). A Saint-Pétersbourg, en 2005, 70 % des appartements du centre ville sont communautaires et abritent 536.000 personnes (11,4 % de la population).

La nouvelle législation de 2005 fixe un terme à la privatisation des logements appartenant à l’Etat. Cette réforme devrait, théoriquement, faire disparaître les kommunalki. Défi d’autant plus urgent à relever que la question n’est pas seulement celle de la salubrité mais constitue également, et peut-être surtout, un problème d’ordre social : les occupants des appartements communautaires sont aujourd’hui en majorité des personnes âgées, des invalides, des alcooliques...

Depuis quelques mois, un universitaire de Iaroslavl organise des excursions de deux jours sur le thème «Notre pays, cet inconnu» : des octogénaires des kommunalki de la ville accueillent les touristes russes et étrangers, auxquels ils racontent leur histoire, leur vie ; ils les invitent à faire la queue pour aller aux toilettes ou se laver les mains, et à prendre part aux querelles de cuisine... Un moyen original de faire prendre conscience de la permanence d’un phénomène aujourd’hui quelque peu oublié…

mardi 19 décembre 2006

"M" comme métro



photo: emblème du métropolitain de Moscou



Le métro de Moscou, qui dessert presque l’ensemble du territoire de la capitale russe, est l'un des métros les plus utilisés au monde : il transporte quotidiennement 9 millions de passagers (3,5 milliards par an) soit plus que le métro de New York et le métro de Londres réunis. Le métro de Moscou est réputé notamment pour la profondeur de ses tunnels, sa grande efficacité ainsi que pour la magnificence de ses stations. On appelle d’ailleurs les stations du métro de Moscou les « palais souterrains ». Le métro de Moscou compte 172 stations réparties sur 12 lignes et 278,3 km de voies.

Chaque ligne est identifiée par un chiffre, un nom et une couleur. Les annonces vocales dans les trains se réfèrent aux noms des lignes tandis que dans l’usage courant, les gens indiquent la couleur des lignes.




La plupart des lignes s’étendent au dela des limites de la ville. Une ligne circulaire de 19,4 km relie la plupart des lignes. Sur toutes les lignes, les voyageurs peuvent déterminer la direction du train selon les annonces vocales.


Sur la ligne circulaire, la voix masculine indique un déplacement dans le sens des aiguilles d’une montre et une voix féminine indique un déplacement dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.


Sur les lignes radiales, une voix masculine indique un déplacement vers le centre tandis qu’une voix féminine indique un déplacement vers la périphérie (astuce mémotechnique : « votre patron vous appelle au travail et votre femme vous rappelle à la maison »).
De plus, il y a dans le Métro de Moscou une grande quantité de pancartes, signes et tableaux divers permettant aux passagers de s'orienter à condition de connaître l’alphabet cyrillique).






La distance moyenne entre les stations est de 1 800 mètres : la plus petite est de 502 mètres et la plus longue de 3413 mètres. L'espacement important des stations permet une vitesse commerciale élevée (41,6 km/h).

Quelques chiffres :

15 juin 1931 : décision de construire le métro.
14 et 15 mai 1935 : inauguration de la première ligne (de la station Sokolniks à Park Kultury).
22 juin 1941 : le métro a désormais deux fonctions : à la fois entreprise de transport et abri pour les populations durant les alertes aériennes.
6 septembre 1947 : par décret du Soviet suprême de l'URSS, le métro est récompensé de l'ordre de Lénine pour son organisation modèle du travail, pour le transport de la population et la maîtrise des techniques mises en œuvre.
1995 : en 60 ans (1935-1995), plus de 86 milliards de passagers ont été transportés.

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Les travaux du métro commencèrent en décembre 1931, durant la période du premier plan quiquennal de Staline. Le parti communiste ayant décrété que - tout le pays prendrait part à la construction du métro - des ouvriers, hommes et femmes, furent recrutés dans toute l'Union Soviétique pour travailler sur les chantiers aux côtés des soldats de l'Armée Rouge et plus de 13 000 volontaires, membres des jeunesses communistes. Pour commémorer l'engagement massif de ces jeunes, on créa la station Komsomolkaïa. Comme la main d'oeuvre, les matériaux de construction provenaient de différentes régions: les rails, des aciéries de Kouznetsk, le marbre, de l'Oural et le granit, de la Carélie et de l'Ukraine.

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Pour décorer le métro, on fit appel aux meilleurs artistes de L'URSS, qui dans les limites du réalisme socialiste, s'inspirèrent le plus souvent de thèmes tels que la révolution, la défense nationale et la vie soviétique.

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Les premières lignes de métro furent creusées à des profondeurs suffisantes pour pouvoir servir d'abris en temps de guerre. En novembre 1941, les troupes allemandes étaient arrivées aux portes de Moscou et L'URSS sebattait pour sa survie. Achevée 3 ans plus tôt, la station Maïakovskaïa devint le qurtier général des forces anti-aériennes. C'est dans ce spacieux couloir central que Staline s'adressa aux généraux et militants du parti la veille du départ de l'Armée Rouge pour le front.

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La station Tchistye proudy fut également le quartier général de l'etat-major durant toute la seconde guerre mondiale. C'est ici que Staline et ses conseillers organisèrent les premières offensives contre les nazis, et le métro devint alors un symbole important de la résistance contre l'invasion allemande.

Un second métro ?

Bien que cela n'ait jamais été officiellement confirmé, plusieurs études indépendantes suggèrent l'existence d'un deuxième réseau de tunnels sous juridiction militaire, le Métro 2, encore plus profond que le réseau « public », prévu pour l'évacuation de personnes clefs en cas d'attaque. La construction de ce réseau aurait commencé sous Staline et était appelé D-6 par le KGB. Des rumeurs prétendent que la longueur de ce réseau excède celle du métro « normal », qu'il comporte quatre lignes reliant le Kremlin, les quartiers généraux du FSB, le Ministère de la Défense ainsi que plusieurs autres installations stratégiques dont l'Aéroport Vnoukovo et la ville militaire de Krasnoznamensk.
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Il existerait aussi des entrées à ce réseaux à partir de plusieurs édifices civils comme la Bibliothèque d'État, l'Université d'Etat de Moscou et au moins deux stations de métro régulières. On dit que ce réseau servirait à l'évacuation de l'élite politique et militaire en cas d'attaque. La seule jonction connue entre les deux réseaux de métro est derrière la station Sportivnaïa. Le dernier segment de ce réseau secret a été complété en 1997…


premiers repères dans le métro en septembre 2006 avec Aurélie


vendredi 15 décembre 2006

Une bande dessinée mythique!





Notre héros, accompagné dès la première case par Milou, part comme reporter en Russie soviétique. Sa mission: tenir les jeunes lecteurs du journal le petit "Vingtième" au courant de ce qu'il se passe en Union soviétique. C'est la naissance d'un mythe dans un album qui deviendra, lui aussi mythique...

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La seule documentation dont pu se servir Hergé était le livre Moscou sans voiles. Ce livre a été écrit en 1928 par Joseph Douillet, ancien consul de Belgique en URSS. Joseph Douillet y dressait un bilan négatif impressionnant de la Russie. Hergé découvre que dans cette Russie, ce n’est que terreur désolation et famine et que seul le bon communiste peut y survivre. La police secrète règne en maître et la propagande est destinée à duper l’étranger.


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Cet ouvrage est aujourd’hui assez amusant tant est systématiquement le parti pris de l’auteur et tant sont parfois curieux les motifs d’indignation qu’il choisit. Ainsi ce fragment se retrouve repris quasiment mot pour mot dans l'album:

Le communiste camarade Oubiykone (président sortant du comité exécutif) prononça un discours. Voici en quels termes il apostropha la foule :
Trois listes sont en présence : l’une est celle du parti communiste. Que ceux qui s’opposent à cette liste lèvent la main !
Simultanément, Oubiykone et ses quatre collègues sortirent leurs revolvers et désignèrent la foule des paysans, l’arme menaçante au poing. Oubiykone continua :
- Qui donc se déclare contre cette liste ? Personne ? Je déclare que la liste communiste passe à l’unanimité. Il devient donc inutile de faire voter pour les deux autres.

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Par delà son aspect politique, nous voyons dans cette album s’inventer la bande dessinée selon Hergé et nous découvrons la naissance d’un art. Sous l’influence des comics américains, Hergé passe dans Tintin au pays des Soviets de la conception illustrative à celle d’un langage nouveau où texte et image se complètent sans se répéter, peu évidente à l’époque.


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La technique du dialogue intégré au dessin était si loin d’aller de soi à l’époque, que lorsque Tintin au pays des Soviets se trouva repris dans l’hebdomadaire français Cœurs vaillants, les responsables du journal, convaincus que les lecteurs ne réussiraient pas à comprendre l’histoire, rajoutèrent des textes explicatifs en dessous des images.


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Mais si l’album est passionnant, c’est aussi que de pages en pages, on y voit le talent d’Hergé s’affermir et son personnage se préciser. Au début de l’album, Tintin n’est qu’un gros scout lourdaud et ridicule. A la fin de son aventure chez les bolcheviques, il ressemble largement au personnage que nous connaissons. En 138 planches, Hergé à fait tout son apprentissage.



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Mais, outre le fait que Tintin au pays des Soviets est la première des aventures de Tintin, cet album est devenu mythique par le fait qu’il a longtemps été introuvable. Initialement publié 5000 exemplaires par les Editions du Petit Vingtième, Tintin au pays des Soviets fut le seul des premiers albums d’Hergé à ne pas se trouver repris, dans les années suivantes, par les éditions Casterman.


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Mais, outre le fait que Tintin au pays des Soviets est la première des aventures de Tintin, cet album est devenu mythique par le fait qu’il a longtemps été introuvable. Initialement publié en 5000 exemplaires par les Editions du Petit Vingtième, Tintin au pays des Soviets fut le seul des premiers albums d’Hergé à ne pas se trouver repris, dans les années suivantes, par les éditions Casterman.


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La demande était si forte que l’on vit bientôt fleurir diverses éditions pirates. Hergé tenta d’abord de saisir la justice, mais de nouvelles éditions ne cessant de faire surface, il se résolut finalement à couper l’herbe sous le pied aux pirates en autorisant la republication de l’album. Celui-ci parut dans les Archives Hergé en 1973. Mais de nouvelles versions pirates parurent imitant d’aussi près que possible la version d’origine. Il ne restait donc qu’une chose à faire : publier un véritable fac-similé de l’édition d’origine.


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Le succès de cette initiative fut sans précédant puisqu’il se dans les trois derniers mois de 1981 près de 100 000 exemplaires de cette réédition.Le succès de la réédition de Tintin au pays des Soviets décida Hergé et Casterman à entreprendre la réédition sous la même forme de tous les autres albums noirs et blancs; pour le plus grand plaisir de tous les amateurs…

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La maison-musée Stanislavski

photo: la maison-musée Stanislavski


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais très souvent une visite de musée commence toujours par une interminable queue. Et souvent, après une heure d'attente je ne suis pas aussi motivée qu'en arrivant!. Mais un jour j'ai découvert par hasard une alternative assez intéressante...
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A moscou, il existe beaucoup de maisons-musées, se sont des maisons où ont habité des hommes célèbrent et qui sont aujourd'hui ouvertes au public. L'avantage est indéniable, surtout lorsque vous habitez sur place, vous n'attendez pas à l'entrée et la visite se fait dans une atmosphère particulière, qui est celle de la petitesse des lieux et le sourire ridé des babouchkas, grandes gardiennes de ces lieux protégés qui prennent leur temps de vous expliquer ce qui s'y est passé à une autre époque.
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Je vous invite donc à me suivre dans la seconde maison-musée que j'ai visitée samedi dernier non loin de chez moi, un jour où justement je n'avais pas envie de faire la queue dans le froid. Il s'agit de la maison de Constantin Stanislavski. Je vous rassure je ne le connaissait pas du tout avant de rentrer chez lui par hasard au détour d'une rue. Il s'agit d'un grand réformateur du théatre russe dont l'enseignement boulversa toute l'Europe, dès sa mort en 1938. Sa méthode de formation marqua ainsi et dans le monde entier, le milieu du théatre.
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« Il n'est pas de comédien authentique qui n'ait, un jour ou l'autre, emprunté sciemment ou non, quelques-une des sentiers de cette analyse, que Constantin Stanislavski décrit minutieusement dans son livre » (Jean Vilar).
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Située dans la ruelle Leontievski au numéro 6, l'hôtel particulier de l'immense metteur en scène et comédien est jaune et blanche, ornée en façade de quatre colonnes doriques de style classique russe tardif qui lui a été attribuée par le gouvernement des Soviets en 1921. Il y vivra jusqu'à sa mort en 1938. Après avoir passé le joli portique donnant sur la ruelle, j'ai pris un petit chemin que j'ai suivi jusqu'au bout et qui m'a conduit jusqu'à l'entrée. l'entrée se fait donc par derrière(comme dans la plupart des lieux d'habitations de Moscou), par une petite porte donnant sur une cour arborée.
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Dans un russe approximatif, je demande au monsieur de l'entrée si je peux rentrer il me rétorque que oui mais il n'a pas l'air, lui, très agréable. C'est une maison dans laquelle il a l'air de se dégager beaucoup de charme. Je me dirige au vestiaire et une babouchka centenaire, que j'ai beaucoup de mal à comprendre, me dit de déposer mon manteau et d'enfiler des chaussons par dessus mes bottes humides.
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Après avoir réglé le coût toujours très raisonnable de mon billet d'entrée, je prends l'escalier qui m'amène au premier. L'appartement, me dit une autre babouchka n'a pratiquement pas changé depuis 70 ans. Evidemment, faute de fonds, le gros oeuvre de la maison n'a pas été refait et le cours des décennies se fait sentir. Son côté alors délicieusement vieillot me replongera, me dis-je, directement dans l'atmosphère des années 30.
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Après avoir gravi ce large escalier en bois de chêne, vous arrivez dans "l'antichambre bleue". C'est ici que ses élèves attendaient ou se reposaient entre les répétitions. Il y a 4 colonnes en marbre et au milieu de deux d'entre elles, se trouve une table en marbre sur lequel est posé un gros cahier, qui était à l'époque signé par chaque élève. Il y a également quelques fauteuils d'origine, qui se retrouveront sur différentes photos ornant l'entrée de l'appartement.
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Au fond de l'antichambre, se trouve la salle "Onéguine" que Stanislavski transforma en lieu de répétition; il s'agit en fait d'une salle de théatre en miniature. Plusieurs rangs de chaises font face à une petite scène surélevée. C'est ici qu'avaient lieu les avant-premières des opéras qu'il mettait en scène, comme la Fiançée du tsar (1926), ainsi que des pièces de théatre "Molière" de Boulgakov, les oeuvres d'Ostrovski... Le fauteil du maître est toujours là et je l'imagine assis en train de me regarder violer son intimité.
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Le jour de ma visite il y a d'ailleurs une jeune cantatrice qui fait quelques vocalises, je comprends alors que des cours de chants et diverses petites représentations ont toujours lieu dans cette maison, je promets d'y revenir plus tard pour écouter un concert, car l'atmosphère y est à peu près comme celles de ces petites salles de concert que vous trouveriez par exemple à Prague, l'intimité et la proximité, toutefois, beaucoup plus prononcés! Effectivement, ma petite babouchka me dit que le petit théâtre s’anime encore certaines fins de semaine. Des concerts y sont donnés pour un public confidentiel et averti qui aura pris l’initiative de téléphoner pour connaître la date et le programme. Je me sens tout à coup, non plus comme une touriste pour un séjour d'une durée indéterminé à Moscou, mais plutôt comme une vraie moscovite qui s'y connait en opéra et en théatre russe.
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La babouchka me fait signe de la suivre et nous revenons sur nos pas pour prendre un couloir depuis l'antichambre. Celui-ci est relativement étroit par rapport à la taille de la maison et plusieurs portes sont situées des deux côtés. La première à gauche donne dans le "cabinet rouge". Ce cabinet servait de salle de cours et de loge pour les artistes les jours de spectacle. Il y a une table, quelques fauteuils, un canapé et deux magnifiques armoires de style néo-gothique. Le style est un peu chargé et je me revois alors visiter le château de Louis II de Bavière, qui dans le genre n'a pas pu faire mieux! Ici également et comme partout ailleurs, le mobilier est d'origine. Le plafond est superbe et composé de peintures dont la couleur prédominante est le rouge, j'en déduis que le nom de la pièce fait référence à ce plafond.
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En continuant le long du couloir, quelques mètres plus loin à gauche toujours, se trouve le "cabinet de travail" de l'auteur. On y pénètre par une porte massive décorée de pentures et de rosettes en métal. Là aussi, délicatesse du travail du plafond. C'est dans cette pièce que de 1921 à 1938 ont pris corps beaucoup de chefs-d'oeuvre du maître comme les Âmes mortes, talents et admirateurs, le Tartuffe...et là aussi que Stanislavski a écrit ses livres. Il disait que le bruit des répétitions et les mouvements des acteurs stimulaient sa créativité. C'est pour cela que ce cabinet donne juste à côté de la salle de répétitions. Signalons que la disposition des meubles n'a rien de traditionnel et qu'une rangée de bibliothèque formée de casiers superposés divise la pièce en deux.
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Ma babouchka me dit alors, que pendant les répétitions, cette pièce devenait une sorte de mini théatre. Les élèves se préparaient derrière la bibliothèque et utilisaient celle-ci comme coulisses également. Elle me fait également remarquer qu'il y a encore une herse électrique, d'origine évidemment, au-dessus du canapé et que celle-ci servait pour les effets de lumière. Je fais quelques pas dans la pièce pour m'imprégner de tous les petits détails et je remarque sur le piano une photo prise dans cette même pièce du vivant de l'auteur et effectivement rien n'a changé, la disposition des meubles, des tableaux, tout est à l'identique, même les nappes sont les mêmes!
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Les dix dernières années de sa vie, Stanislavski ne pouvant plus guère se déplacer avait aménagé sa chambre à coucher dans une pièce attenante à son cabinet. Cette nouvelle configuration lui permettait de ne se déplacer qu'un minimum. Plus tard, à l'apogée de sa maladie il ne quitta d'ailleurs presque plus cette chambre à coucher et écrivait dans son lit. Sur le guéridon sont posés, des cahiers, ses lunettes et surtout la planchette qui lui servait de support pour écrire. Parmi de nombreux objets, figurent une réplique du masque de Beethoven pris sur le visage du compositeur de son vivant ainsi qu'une sculpture du visage de Stanislavski. C'est ici que décéda l'auteur à l'âge de 75 ans.
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Restent la salle à manger ainsi que deux pièces dediées à sa femme, actrice également. La salle à manger est la seule pièce de la maison qui a changé plusieurs fois de fonctions de son vivant me dit-elle. D'après les recherches effectuées elle aurait le plus longtemps servi de salle à manger, c'est pour cela que le musée lui redonne aujourd'hui cette fonction. Dans celle-ci se trouvent différents portraits de famille et de belles peintures. Les deux pièces dédiées à son épouse sont figées dans le temps, tout y est resté comme s'il elle avait quitté la maison la veille. Sur la coiffeuse une photo de mariage, des peignes et dans un coin, un grand coffre où les élèves étaient sûrs de trouver un costume de dépannage. Une partie de sa garde-robe est également là, et une robe d'un autre temps attire mon attention, elle est toute seule, suspendue à un ceintre. Ce doit être un costume parce que de mémoire la mode des années 20 était un peu différente! elle est très jolie et me fait penser d'une certaine façon à la robe de mariage d'une amie (celle-ci se reconnaîtra certainement si elle a le temps de lire mes aventures).
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Je reprends le couloir en sens inverse et, en me dirigeant au rez de chaussée j'essaie de m'imaginer tout ce qui a bien pu se passer et surtout se jouer ici. Je quitte cette maison en ayant eu l'impression de quitter un petit théatre d'époque et je repars dans la ruelle enneigée. Il y a un rayon de soleil, je me dis que la lumière est idéale pour prendre quelques photos de la ville et je passe encore une heure à me ballader dans les ruelles de ce quartier charmant.

mercredi 13 décembre 2006

Qu'est-ce que l'âme russe?



Qu'est-ce qui crée le mystère en Russie et fascine tant le voyageur étranger?


Une partie de la réponse se trouve dans ce que les Russes appellent eux-mêmes, non sans un soupçon d'ironie, l'"âme russe".


Mystérieuse mais non secrète, l'âme slave ne s'embarasse ni de subtilités protocolaires, ni de belles manières. Bref, il est indispensable de prendre les russes par les sentiments et de toucher leur sens de l'humour pour les voir s'ouvrir avec une facilité déconcertante et une chaleur exceptionnelle.


C'est le côté "méridional" de ce pays, dont les frontières jouxtent le pôle Nord et qui se dispute une partie de l'archipel des Aléoutiennes avec les Japonais!

Le paradoxe que renferme l'âme russe consiste précisément à associer l'exubérance la plus latine à une subtilité tout orientale. Car l'Orient est une "affaire délicate", disent les russes qui, depuis Gengis Khan, en savent quelque chose.


Peu leur importe que cette spécificité fasse leur bonheur ou leur malheur: elle fait en tout cas leur fierté. Elle se traduit par une limite invisible mais perceptible entre le "nous" par lequel ils se désignent eux-mêmes et le "vous" qui s'adressera à un français, un suisse...voire à l'étranger en général.


L'âme russe est constituée d'une éblouissante profusion de coutumes, de croyances et de légendes millénaires. Celles-ci sont restées étonnamment vivantes malgré les multiples turbulences, politiques et religieuses, traversées par le pays. Les plus anciennes remontent à l'époque païenne.


Si j'essaie de tenter un résumé, Les Russes sont souvent embrouillés par leur belle vie incohérente, leurs longues conversations exaltées, l’amitié fidèle qui serre le coeur, leur aspiration à la générosité... Le charme de la Russie se trouve dans cette distinction délicate, entre le courage de la générosité et l’empressement du sacrifice. Nous pourrions parler également d’une fierté profondément enracinée, un sens de la grandeur du pays, et à la fois un fatalisme et un pessimisme en train de ronger cette fierté nationale.

En Occident on dit souvent: “Je fais ce que je peux”. En Russie on rétorque: “Je fais même si je ne peux pas”. Cette nation se permet d’être irrationnelle…


Bien entendu le rationnel est aussi respecté en Russie, et sans aucun doute il y a de “vrais amis” en Occident. Les valeurs éternelles sont les mêmes pour tous: le mal et le bien, l’amour, l’amitié, l’espoir, l’honneur… Les Russes et les occidentaux s’expriment différemment mais ressentent de la même façon!!!

Vladimir Fedorovski


Vladimir Fedorovski, né à Moscou en 1950 est un homme aux vies multiples. Tout d’abord diplomate soviétique, il fut notamment Attaché à Nouakchott en Mauritanie en 1972, puis devient interprète de Leonid Brejnev jusqu’à la mort de ce dernier en 1982. Dès 1985, ce diplomate écrivain devient porte-parole du Mouvement pour les réformes démocratiques dans l’URSS finissante, puis de Boris Eltsine quand celui-ci, jugé sur un char, s’opposait au putsch des communistes. En 1985, Conseiller à Paris, il écrit Histoire de la diplomatie française.




Il vit aujourd’hui entre Paris et Deauville où il écrit des livres d’histoire et des romans en français. Il a acquis la nationalité française en 1995, grâce à l'intervention de Jacques Chirac. Chargé de cours à HEC, il donne deux séminaires ; l'un sur "L'histoire secrète de la guerre froide" et l'autre, plus économique, sur " Les dangers et les opportunités à l'Est". Vladimir Fedorovski est aussi conseiller au mémorial de Caen, pour la période de la guerre froide.
Vladimir Fedorovski est un auteur prolifique, qui sait allier la précision de l'historien à l'art narratif du romancier - qu'il s'intéresse aux égéries russes, aux ballets, aux tsarines, à Raspoutine ou à Saint-Petersbourg.




Vladimir Fedorovski regarde aujourd’hui avec un mélange de sympathie et de souffrance l'évolution de la Russie. Il a publié début 2006 son dix-neuvième ouvrage : Le roman de l’Orient-Express, dans lequel il reconstitue l’aventure de l’Orient-Express en prenant pour guides certains personnages symboliques ayant marqué chaque époque de leur empreinte : Diaghilev, fondateur des ballets russes à Venise ; Mata-Hari, cette aventurière qui installa son QG dans le train de Paris à Vienne ; Lawrence d’Arabie, le célèbre espion anglais ou encore Raoul Wallenberg, diplomate suédois en poste à Budapest, qui sauva plus de vingt mille juifs pendant la guerre en dupant les nazis dans l’Orient-Express...





Dernier coup de cœur : "Le roman du Kremlin", 2003.


L'histoire du Kremlin est riche de meurtres, de complots, de revirements. Sa muraille reste le symbole de cette - énigme drapée de mystère - dont parlait Winston Churchill. Les triomphes des tsars, leur déclin, leurs tragédies ou leur folie, tout ramène au Kremlin. Le Roman du Kremlin est un livre de révélations qui relate son histoire à travers le couple inattendu tsar et espion, du règne d'Ivan le Terrible à celui de Vladimir Poutine.


Il est également le plus précieux des guides pour visiter Moscou !!!

mardi 5 décembre 2006

Le Viel Arbat - rue populaire de Moscou




Le mot arbat vient probablement d'un terme mongol signifiant "faubourg". Au XV siècle, il désignait toute la zone à l'ouest du Kremlin, alors habitée par les artisans et écuyers du tsar. Les artisans quittèrent le quartier au XVIII siècle pour faire place à l'aristocratie puis aux intellectuels et artistes, attirés par le charme de ses ruelles, de ses vieilles demeures et de ses cours. En flânant dans le Vieil Arbat, traversé par une rue piétonne, on peut encore découvrir quelques églises historiques, des maisons en bois et des demeures du XIX siècle. Mais à quelques pas de là, on retrouve les kiosques, les cafés, les shopping center et les grands buildings soviétiques de la rue Novy Arbat (nouvel Arbat) qui me fait penser à un Las Végas soviétique!
La rue Arbat est de longue date la rue la plus populaire de Moscou. Il s'y développa alors une bohème de bon ton. Pendant les années de stalinisme, le quartier perd bien sûr ce caractère et sombre dans la grisaille. De nombreux immeubles de luxe se transforment en appartements communautaires. Cependant, pendant les années 1980, Arbat devient piétonne et retrouve sa vocation de rue animée pour les jeunes et les artistes de rue. Aujourd'hui elle apparait plutôt comme une espèce de long décor de théatre un peu surfait.
Avec la spéculation immobilière, la rue est devenue de plus en plus commerciale. Bref, lourde atmosphère touristique et une saturation de boutiques de souvenirs...




Pourtant si on fait abstraction de tout ça, Arbat reste incontestablement un coin vivant et offrant parfois de bons spéctacles de rue (une animation permanente en tout cas).






Mon conseil est de vous échapper à quelques mètres de là, dans les rues alentour et vous y découvrirez du calme et des architectures intéressantes!










dimanche 3 décembre 2006

La folie des grandeurs vue par Staline



photo: gratte-ciel stalinien - la maison du quai des chaudronniers (immeuble d'habitations)


Les gratte-ciel staliniens, construits de 1948 à 1957, sont au nombre de huit: sept situés à Moscou et 1 à Varsovie.



Ces bâtiments sont conçus pour exalter la supériorité du communisme, et à en fournir une image grandiose et jubilatoire - bien évidemment on se défend de s'inspirer des gratte-ciels américains, modèle banni. Alors que le capitalisme construit des édifices verticaux pour des raisons purement économiques (économiser l'emprise au sol pour maximiser la rentabilité de ses gratte-ciel), le socialisme doit prendre le contrepied et mettre l'architecture au service du peuple.





Les formes massives sont variées, mais des caractéristiques sont constantes, telle la flèche élevée qui surmonte la plus haute tour. des structures verticales marquées par les alignement des fenêtres, la forme pyramidale avec tours étagées en hauteur, la décoration sculptée ou peinte, faisant appel du réalisme socialiste.





L'emplacement des bâtiments, aux croisement des axes radiaux et des boulevards, était destiné à structurer l'espace urbain.





Ces immeubles furent lancés en 1948-1949 et leurs plans furent tous approuvés par Staline. Les immeubles d'habitation pouvaient contenir jusqu'à 800 appartements pour loger 3,550 personnes; ils étaient bien évidemment destinés à ne loger que luxueusement les apparatchiks communistes et à leur fournir sur place tous les services: magasins, restaurants, garderies, salons de coiffure...



Chronologiquement, leur construction marque la fin du réalisme socialiste en architecture.





Après la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazie, Staline lança l'ambitieux plan des "Vyssotnyé Zdania" qui veut dire "hauts immeubles". Leur aspect si caractéristique en fait des symboles de la capitale russe. Ils furent construits dans un style éclectique qui s'inspire à la fois du baroque, du gothique et de celui des gratte-ciel américains des années 30. On qualifie parfois ce style de "gothique stalinien".





A l'origine, 8 gratte-ciel étaient prévus, symbolisant les 800 ans de la capitale (1147-1947): les 7 gratte-ciels actuels plus 1 qui n'a jamais été construit, le Palais des Soviets. En 1933, la première Cathédrale du Christ-Sauveur à été détruite dans l'idée de créer ce Palais des Soviets, mais le projet a été abandonné au début de la Seconde Guerre mondiale. Il n'existe donc toujours pas aujourd'hui mais aurait été l'une des plus hautes constructions du monde si le projet avait abouti (tour de 315 mètres de haut, surmontée d'une statue de Lénine de 100 mètres).





Toutefois, le site s'est avéré trop fragile géologiquement pour supporter une telle structure, de plus l'immeuble aurait eu pour inconvénient d'écraser virtuellement le Kremlin. Le célèbre et gigantesque hôtel Rossia construit en 1967, de forme cubique et très massif qui fut édifié en remplacement, et comprenait pas moins de 6000 chambres (heureusement pour nos yeux il est actuellement en déconstruction).





Finalement, quelques années plus tard, après la construction des 7 autres gratte-ciel, la huitième fut construite...à Varsovie, selon les plans de Lev Roudnev.





Les sept gratte-ciel staliniens à Moscou:


  • L'Université d'Etat de Moscou Lomonossov


  • L'hôtel Ukraine


  • Le Ministère des Affaires étrangères


  • Un immeuble d'habitations sur la berge Kotelnitcheskaïa



  • Un immeuble d'habitations sur la place Koudrinskaïa



  • L'hôtel Leningrad

samedi 2 décembre 2006

Fiodor Dostoïevski

"Je triompherai de toute ma douleur juste pour pouvoir dire « je suis » ". C'est Dmitri Fiodorovith Karamazov qui dit cela accusé à tort du parricide.
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Parmi les monuments de la littérature mondiale, Fiodor Dostoïevski est le plus impressionnant, profond, déroutant et visionnaire. Il se révèle être un véritable prophète sur de nombreux aspects, essentiellement grâce à une exploration prémonitoire, par rapport au freudisme, du champ de son propre inconscient et par extension de celui de ses personnages. Sa sensibilité d'épilectique, ayant perdu tôt ses parents, ajoutée à une profonde sensibilité sociale et une réelle compassion devant la misère et l'injustice expliquent en partie le succès de cette démarche dans sa vie et sa création littéraire. Ce désir de justice et d'équité l'ont poussé à un engagement socialisant dans sa jeunesse, qui a failli lui coûter la vie. Condamné à mort, il a été gracié au moment où le peleton d'exécution avait déjà armé les fusils.

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Sa reflexion porte sur l'étendue du libre-arbitre de l'homme, souvent placé dans des situations extrêmes. La confrontation au champ du divin devient possible dans les faits, mais constituent une transgression qui fait basculer dans le diabolique ceux qui s'estiment autorisés à franchir les limites.

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Dostoïevski est un maître incontestable du dialogue. Il met dans ses dialogues des détails qui les rendent époustouflants de vérité : des frémissements, des hésitations, des coq-à-l'âne, des apartés, des lapsus... En ce qui concerne les réflexions philosophiques qui parsèment son œuvre, il faut noter qu'elles se trouvent toujours dans des dialogues. Dostoïevski n'est jamais didactique (sauf pour des petites choses anodines). Il ne prend jamais parti directement. Dostoïevski, en fait, est pétri de contradictions, et c'est précisément pour cela, sans doute, qu'il a choisi le roman pour s'exprimer. Dostoïevski excelle aussi dans les scènes narratives totalement muettes.

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Les Frères Karamazov est le dernier roman de Dostoïevski. Celui qu'il voulait le plus achevé et où l'on retrouve en effet tous les thèmes de l'auteur. L'un de ces thèmes est une reflexion profonde et actuelle, avec des idées que vous verrez rarement trainer aujourd'hui chez les maîtres-penseurs de la rive gauche parisienne, sur les relations morales et intellectuelles entre l'Europe occidentale et le monde slave. D'un point de vue littéraire, le lecteur francophone est souvent perdu dans les noms et trouve le récit confus. Il faut utiliser des trucs pour se noter les noms en entier (prénom, patronyme, nom de famille). Quand au récit, il est au contraire le plus léger et le plus simple possible, compte tenu de la densité de la signification.

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Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski est un écrivain russe, né à Moscou le 30 octobre 1821 et mort le 28 janvier 1881.

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Son père était médecin et, trop autoritaire, fut assassiné par ses propres paysans. Sa mère mourut lorsqu'il était très jeune. Il entre à l'école d'ingénieurs de St-Petersbourg en 1838 et devient officier ingénieur du génie en 1841. En 1844, il demande sa retraite pour pouvoir se consacrer à la littérature et écrit son premier roman, Les Pauvres Gens.

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En 1847, il fait la connaissance de Petrachevski et fréquente le cercle révolutionnaire. Cette même année, il fait sa première crise d’épilepsie, à 26 ans.

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Dostoïevski est arrêté et emprisonné en avril 1849 pour ses engagements dans des activités révolutionnaires contre le tsar Nicolas Ier. Après un simulacre d'exécution, le 22 décembre 1849, la sentence est transformée en un exil de plusieurs années dans un camp de travail en Sibérie. En 1850 il arrive à Omsk (ville en Sibérie) , épisode relaté dans le cycle romanesque "La lumière des justes" d'Henri Troyat. Sa peine se termine en 1854 et il est affecté comme officier à un régiment de Sibérie. Il est gracié, obtient sa retraite comme sous-lieutenant, revient en Russie, et il a l’autorisation de vivre à St-Petersbourg, sous la surveillance de la police secrète.

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C'est un tournant dans la vie de l'auteur. Il abandonne ses sentiments radicaux et devient profondément conservateur. En 1862, il se rend en Europe pour la première fois. Il ne cesse de voyager, joue à la roulette. Il est couvert de dettes et doit fournir de quoi vivre à la femme et aux enfants de son frère. Il sombre dans une terrible dépression, joue dans des salons et accumule joyeusement les échecs et pertes aux tables de jeu.
Il succombe à une hémorragie et est enterré à St-Petersbourg. Ses obsèques sont suivies par 30 000 personnes.

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Il n'aura connu la gloire que dans sa dernière année, et sera considéré comme un des plus grands génies de la littérature russe.

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