vendredi 15 décembre 2006

La maison-musée Stanislavski

photo: la maison-musée Stanislavski


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais très souvent une visite de musée commence toujours par une interminable queue. Et souvent, après une heure d'attente je ne suis pas aussi motivée qu'en arrivant!. Mais un jour j'ai découvert par hasard une alternative assez intéressante...
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A moscou, il existe beaucoup de maisons-musées, se sont des maisons où ont habité des hommes célèbrent et qui sont aujourd'hui ouvertes au public. L'avantage est indéniable, surtout lorsque vous habitez sur place, vous n'attendez pas à l'entrée et la visite se fait dans une atmosphère particulière, qui est celle de la petitesse des lieux et le sourire ridé des babouchkas, grandes gardiennes de ces lieux protégés qui prennent leur temps de vous expliquer ce qui s'y est passé à une autre époque.
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Je vous invite donc à me suivre dans la seconde maison-musée que j'ai visitée samedi dernier non loin de chez moi, un jour où justement je n'avais pas envie de faire la queue dans le froid. Il s'agit de la maison de Constantin Stanislavski. Je vous rassure je ne le connaissait pas du tout avant de rentrer chez lui par hasard au détour d'une rue. Il s'agit d'un grand réformateur du théatre russe dont l'enseignement boulversa toute l'Europe, dès sa mort en 1938. Sa méthode de formation marqua ainsi et dans le monde entier, le milieu du théatre.
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« Il n'est pas de comédien authentique qui n'ait, un jour ou l'autre, emprunté sciemment ou non, quelques-une des sentiers de cette analyse, que Constantin Stanislavski décrit minutieusement dans son livre » (Jean Vilar).
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Située dans la ruelle Leontievski au numéro 6, l'hôtel particulier de l'immense metteur en scène et comédien est jaune et blanche, ornée en façade de quatre colonnes doriques de style classique russe tardif qui lui a été attribuée par le gouvernement des Soviets en 1921. Il y vivra jusqu'à sa mort en 1938. Après avoir passé le joli portique donnant sur la ruelle, j'ai pris un petit chemin que j'ai suivi jusqu'au bout et qui m'a conduit jusqu'à l'entrée. l'entrée se fait donc par derrière(comme dans la plupart des lieux d'habitations de Moscou), par une petite porte donnant sur une cour arborée.
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Dans un russe approximatif, je demande au monsieur de l'entrée si je peux rentrer il me rétorque que oui mais il n'a pas l'air, lui, très agréable. C'est une maison dans laquelle il a l'air de se dégager beaucoup de charme. Je me dirige au vestiaire et une babouchka centenaire, que j'ai beaucoup de mal à comprendre, me dit de déposer mon manteau et d'enfiler des chaussons par dessus mes bottes humides.
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Après avoir réglé le coût toujours très raisonnable de mon billet d'entrée, je prends l'escalier qui m'amène au premier. L'appartement, me dit une autre babouchka n'a pratiquement pas changé depuis 70 ans. Evidemment, faute de fonds, le gros oeuvre de la maison n'a pas été refait et le cours des décennies se fait sentir. Son côté alors délicieusement vieillot me replongera, me dis-je, directement dans l'atmosphère des années 30.
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Après avoir gravi ce large escalier en bois de chêne, vous arrivez dans "l'antichambre bleue". C'est ici que ses élèves attendaient ou se reposaient entre les répétitions. Il y a 4 colonnes en marbre et au milieu de deux d'entre elles, se trouve une table en marbre sur lequel est posé un gros cahier, qui était à l'époque signé par chaque élève. Il y a également quelques fauteuils d'origine, qui se retrouveront sur différentes photos ornant l'entrée de l'appartement.
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Au fond de l'antichambre, se trouve la salle "Onéguine" que Stanislavski transforma en lieu de répétition; il s'agit en fait d'une salle de théatre en miniature. Plusieurs rangs de chaises font face à une petite scène surélevée. C'est ici qu'avaient lieu les avant-premières des opéras qu'il mettait en scène, comme la Fiançée du tsar (1926), ainsi que des pièces de théatre "Molière" de Boulgakov, les oeuvres d'Ostrovski... Le fauteil du maître est toujours là et je l'imagine assis en train de me regarder violer son intimité.
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Le jour de ma visite il y a d'ailleurs une jeune cantatrice qui fait quelques vocalises, je comprends alors que des cours de chants et diverses petites représentations ont toujours lieu dans cette maison, je promets d'y revenir plus tard pour écouter un concert, car l'atmosphère y est à peu près comme celles de ces petites salles de concert que vous trouveriez par exemple à Prague, l'intimité et la proximité, toutefois, beaucoup plus prononcés! Effectivement, ma petite babouchka me dit que le petit théâtre s’anime encore certaines fins de semaine. Des concerts y sont donnés pour un public confidentiel et averti qui aura pris l’initiative de téléphoner pour connaître la date et le programme. Je me sens tout à coup, non plus comme une touriste pour un séjour d'une durée indéterminé à Moscou, mais plutôt comme une vraie moscovite qui s'y connait en opéra et en théatre russe.
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La babouchka me fait signe de la suivre et nous revenons sur nos pas pour prendre un couloir depuis l'antichambre. Celui-ci est relativement étroit par rapport à la taille de la maison et plusieurs portes sont situées des deux côtés. La première à gauche donne dans le "cabinet rouge". Ce cabinet servait de salle de cours et de loge pour les artistes les jours de spectacle. Il y a une table, quelques fauteuils, un canapé et deux magnifiques armoires de style néo-gothique. Le style est un peu chargé et je me revois alors visiter le château de Louis II de Bavière, qui dans le genre n'a pas pu faire mieux! Ici également et comme partout ailleurs, le mobilier est d'origine. Le plafond est superbe et composé de peintures dont la couleur prédominante est le rouge, j'en déduis que le nom de la pièce fait référence à ce plafond.
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En continuant le long du couloir, quelques mètres plus loin à gauche toujours, se trouve le "cabinet de travail" de l'auteur. On y pénètre par une porte massive décorée de pentures et de rosettes en métal. Là aussi, délicatesse du travail du plafond. C'est dans cette pièce que de 1921 à 1938 ont pris corps beaucoup de chefs-d'oeuvre du maître comme les Âmes mortes, talents et admirateurs, le Tartuffe...et là aussi que Stanislavski a écrit ses livres. Il disait que le bruit des répétitions et les mouvements des acteurs stimulaient sa créativité. C'est pour cela que ce cabinet donne juste à côté de la salle de répétitions. Signalons que la disposition des meubles n'a rien de traditionnel et qu'une rangée de bibliothèque formée de casiers superposés divise la pièce en deux.
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Ma babouchka me dit alors, que pendant les répétitions, cette pièce devenait une sorte de mini théatre. Les élèves se préparaient derrière la bibliothèque et utilisaient celle-ci comme coulisses également. Elle me fait également remarquer qu'il y a encore une herse électrique, d'origine évidemment, au-dessus du canapé et que celle-ci servait pour les effets de lumière. Je fais quelques pas dans la pièce pour m'imprégner de tous les petits détails et je remarque sur le piano une photo prise dans cette même pièce du vivant de l'auteur et effectivement rien n'a changé, la disposition des meubles, des tableaux, tout est à l'identique, même les nappes sont les mêmes!
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Les dix dernières années de sa vie, Stanislavski ne pouvant plus guère se déplacer avait aménagé sa chambre à coucher dans une pièce attenante à son cabinet. Cette nouvelle configuration lui permettait de ne se déplacer qu'un minimum. Plus tard, à l'apogée de sa maladie il ne quitta d'ailleurs presque plus cette chambre à coucher et écrivait dans son lit. Sur le guéridon sont posés, des cahiers, ses lunettes et surtout la planchette qui lui servait de support pour écrire. Parmi de nombreux objets, figurent une réplique du masque de Beethoven pris sur le visage du compositeur de son vivant ainsi qu'une sculpture du visage de Stanislavski. C'est ici que décéda l'auteur à l'âge de 75 ans.
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Restent la salle à manger ainsi que deux pièces dediées à sa femme, actrice également. La salle à manger est la seule pièce de la maison qui a changé plusieurs fois de fonctions de son vivant me dit-elle. D'après les recherches effectuées elle aurait le plus longtemps servi de salle à manger, c'est pour cela que le musée lui redonne aujourd'hui cette fonction. Dans celle-ci se trouvent différents portraits de famille et de belles peintures. Les deux pièces dédiées à son épouse sont figées dans le temps, tout y est resté comme s'il elle avait quitté la maison la veille. Sur la coiffeuse une photo de mariage, des peignes et dans un coin, un grand coffre où les élèves étaient sûrs de trouver un costume de dépannage. Une partie de sa garde-robe est également là, et une robe d'un autre temps attire mon attention, elle est toute seule, suspendue à un ceintre. Ce doit être un costume parce que de mémoire la mode des années 20 était un peu différente! elle est très jolie et me fait penser d'une certaine façon à la robe de mariage d'une amie (celle-ci se reconnaîtra certainement si elle a le temps de lire mes aventures).
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Je reprends le couloir en sens inverse et, en me dirigeant au rez de chaussée j'essaie de m'imaginer tout ce qui a bien pu se passer et surtout se jouer ici. Je quitte cette maison en ayant eu l'impression de quitter un petit théatre d'époque et je repars dans la ruelle enneigée. Il y a un rayon de soleil, je me dis que la lumière est idéale pour prendre quelques photos de la ville et je passe encore une heure à me ballader dans les ruelles de ce quartier charmant.

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