mercredi 28 février 2007

Les coulisses du "Docteur Jivago"


Tout le monde connait le célèbre roman "Le Docteur Jivago" mais que se cache derrière ce récit? pourquoi son auteur a choisi d'écrire ce livre à une époque où la Russie soviétique ne tolérait que les récits de propagande? pourquoi la première publication de ce roman s'est faite en italien et non pas en russe? pourquoi son auteur a dû refuser le prix Nobel en 1958?


C'est en lisant et en m'inspirant du dernier livre d'Henri Troyat "Pasternak" qu'il m'est venu à l'idée de vous faire partager un petit peu de l'histoire de la vie son auteur, Boris Pasternak. Voici en quelques mots l'histoire de la genèse d'un roman calquée sur l'histoire de la Russie et la vie de son auteur.



Boris Léonidovitch Pasternak est né à Moscou en 1890. Fils d'un professeur de peinture et d'une pianiste, il grandit dans un univers intellectuel fécond. D'illustres personnages, à l'image de Rilke, Scriabine ou de Tolstoï, rendent régulièrement visite à ses parents et le sensibilisent à l'art et aux lettres.


En 1905, peu après le fameux "dimanche rouge" qui sonne déjà les prémices d'une révolution à venir, Les Pasternak s'exilent à Berlin en attendant que la Russie guérisse de cette crise de croissance. En allemagne, Pasternak fait la connaissance d'Alexandre Blok, un compatriote écrivain allemand qui fouette son imagination et lui révèle la vraie poésie, tout comme Scriabine lui avait peu avant révélé la vrai musique. Ayant terminé ses études en philosophie avec brio, il accepte le harnais universitaire et, de retour à Moscou, entre à la faculté de droit. Cependant trop impulsif pour se contenter d'analyser la rigidité des lois et la souplesse de la jursiprudence, il quitte ce lieu pour la section d'histoire et de philologie. Mais là aussi il constate rapidement qu'il est partout en porte à faux. Sûr d'avoir toutes les chances en main, il décide de travailler sur des oeuvres en prose et des oeuvres en vers - l'une exige de l'application et l'autre peut être conçue rapidement sous le fouet de l'inspiration - tout en continuant ses études de philosophie à l'université de Moscou.


En 1913, dans sa conférence sur le symbolisme il déclare sa volonté de démontrer la subjectivité des sensations dans l'évocation de la vie courante et la complicité mystérieuse de l'homme avec la nature qui l'entoure. A cette époque il s'inscrit dans le courant littéraire dit "novateur" en opposition au mouvement "futuriste" avec à leur tête Vladimir Maïakovski, qui accorde selon lui trop de crédit aux cabrioles du langage.


Cependant, à l'époque de ces chamailleries artistiques en Russie, la Première Guerre mondiale menace et la pénurie commence. En 1914, Pasternak échappe au front et bénit l'accident de cheval qu'il avait eu quelques années plus tôt lui causant un raccourcissement de sa jambe cassée. Retournant à son métier temporaire de précepteur, il se répète que la guerre sera rapide et peu coûteuse, mais bien évidemment il se trompe. Mal équipée et mal ravitaillée, la Russie s'enlise. Contre cette violence, Pasternak se réfugie dans l'écriture et dans les vers. Certaines de ses publications seront refusées et certaines même remaniées de la main de Gorki lui-même, dont l'orientation révolutionnaire fondée sur le "réalisme russe, en littérature comme en politique" est connue de tous. La réaction de Maïakovski est toute différente et il décide même de l'introduire auprès de ses amis influents. Il le présente même comme un "auteur russe en marche vers la libération de tous les systèmes".


Les temps sont durs et plus encore pour un écrivain. Pasternak accepte alors un poste secondaire administratif dans des usines chimiques de l'Oural. La guerre perdure et des protestations massives de futures recrues éclatent parmi les ouvriers de St-Petersbourg. Durant cette période incertaine pour la Russie, Pasternak repart pour Moscou et y découvre un autre monde. Il n'y a plus d'emblèmes impériaux sur les façades des bâtiments officiels; l'habillement des passants a changé et même l'expression de leur visage. Il y a de l'eléctricité dans l'air et Pasternak obsèrve la transfiguration de son pays. Le gouvernement provisoire décide de poursuivre la guerre et par là renforce la position de ceux qui souhaitent la paix et un retour à la tranquilité. C'est dans cette situation politique que Lénine, réfugié en Suisse, revient en Russie avec l'aide des allemands qui ont facilité son transfert. Tout cela dans l'espoir qu'il ne tarderait pas à détourner la Russie de la guerre pour la tourner vers la révolution. Lors du premier meeting du leader communiste, Pasternak, peu enthousiaste, pense tout de même qu'en distribuant la terre aux paysans , en nationalisant les banques, c'est une seconde naissance douloureuse qui arrive en Russie.


Pasternak participe en spéctateur à cette nouvelle ivresse; l'adhésion des ouvriers à la thèse du socialisme intégral, la création d'une garde rouge par Trotski jusqu'à la constitution d'une police politique, la Tchéka. Lénine signe l'accord de paix avec l'Allemagne et la famille impériale est déportée au fin fond de la Sibérie pour être massacrée avec l'assentiment de Lénine.


La Russie sombre alors dans le néant. La population vit dans la terreur des dénonciations et des arrestations pour crimes réels ou imaginaires. Tout en déplorant le despotisme de ce nouveau dictateur, Pasternak lui reconnaît une grande valeur historique "Il a été l'âme et la conscience de l'une de ces curiosités rarissimes: le visage et la voix d'une grande tempête russe, unique et extraordinaire [...] Il a pris la responsabilité d'une débauche de sang et de destruction comme le monde n'en avait encore jamais vu." Au fil des jours, Pasternak se persuade que, après le cyclone bolchévique, ses contemporains se ressaisiront mais rien n'y fait. Les parents de Pasternak quittent la Russie pour l'Allemagne en 1921 à un moment où les visas sont encore délivrés sans trop de complications.


Pour subvenir à leurs besoins, Pasternak et son frère, louent une partie de l'appartement paternel à quelques inconnus imposés par le comité de quartier. Tout n'est que ruine autour d'eux, les traditions, les maisons, mais il a l'impression qu'il a le droit et même le devoir de "chanter dans un cimetière". Il continue à rédiger mais comprend avec horreur le crime que représente la pensée libre aux yeux des autorités. Désormais, au nom de la sécurité de l'Etat et de la pureté idéologique des citoyens, la police est autorisée à fouiller partout, dans les tiroirs, dans les correspondances et à emprisonner qui bon lui semble sous n'importe quel pretexte. La police a le droit de vie et de mort sur tout le monde et sur les plus grands écrivains de Russie.


Pasternak se laisse alors convaincre de créer avec Maïakovski une maison d'éditions politiquement correcte. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, Pasternak assiste même au IV ème congrès des Soviets. C'est avec stupeur qu'il comprend que la pensée communiste, seule, bénéficiera du droit d'expression. Cet esclavage de l'esprit hérisse Pasternak comme le ferait une violation de domicile. Il souhaite alors quitter la Russie mais ne sait pas où aller. À ses yeux, Lénine incarne "toutes les menaces de la dictature avec toutes les séductions de l'intelligence". Animé par la thèse marxiste selon laquelle la culture doit être exclusivement prolétarienne, le gouvernement crée et dissémine dans tout le pays des cellules idéologiques dont le but est d'éduquer les masses "dans le bon sens". Peu après, la Guépéou remplace la Tchéka, et sous cette nouvelle appellation, Pasternak sait que la traque des intellectuels a été codifiée et renforcée. La culpabilité de chacun commence alors dans la corbeille à papiers.


À cette époque plusieurs amis de Pasternak, écrivains et intellectuels sont soit déportés dans des camps en Sibérie soit condamnés à mort sans raison valable. Autant dire que les temps sont durs; il faut s'employer à gagner son pain, maintenir un esprit fécond en toute liberté et écrire sans attirer la police. Or il se trouve que Trotski veut voir Pasternak. Il a le coeur en chute libre en se dirigeant vers se rendez-vous fatidique. Trotski se montre aimable mais voudrait savoir pourquoi cet écrivain souhaite partir à l'étranger. Pasternak répond avec une spontanéité qui incite son interlocuteur à le croire uniquement désireux de vanter les vertus du socialisme à l'étranger. Boris avoue même qu'il souhaite épouser une jeune fille et qu'il espère obtenir le visa pour pouvoir passer leur voyage de noces en Allemagne où vivent ses parents. Trotski accepte.


De retour à Moscou et étant payé pour manier l'encensoir, Boris écrit sur commande, mais quand il est seul, chez lui, il cède au besoin d'écrire pour lui-même sans penser au jugement que les autres porteront sur son récit.


Le public n'adhère ni de coeur ni d'espit, il le trouve inconsistant pataugeant maladroitement dans le courant de l'histoire. Il songe que tout son malheur vient de sa collaboration "futuriste" avec Maïakovski, lui qui est un "vériste". Il se sépare de l'alliance de gauche et ne sachant à qui se rallier, il décide d'être lui-même. Pasternak s'imagine qu'il va désarmer la méfiance des autorités à l'égard de sa littérature trop excentrique dans la forme et pas assez conventionnelle dans le fond.


En 1930, Pasternak apprend qu'un de ses amis journalistes, a été mis à mort par la Guépéou sans qu'on ait jugé utile de préciser le motif de cette exécution. Le 14 avril 1930, Maïakovski se suicide et il se demande si ce geste désespéré n'est pas dû à la lassitude de végéter dans un pays où la vie comme l'art sont devenus vains. En 1934, le poète Mandelstam est arrêté et expédié pour trois ans en Sibérie. Il s'y suicidera.


L'année 1935 s'ouvre par une série d'arrestations politiques, la police secrète change une nouvelle fois de nom et dans sa hâte de prouver sa nécessité elle multiplie les arrestations, les perquisitions, les interrogatoires musclés et les séquestrations abusives. Tout écrit étant surveillé, les intellectuels pèsent chaque mot avant de le poser sur papier. Selon Staline, les écrivains ont pour fonction d'éclairer l'univers sur les vertus de leur patrie. Les auteurs communistes sont "les ingénieurs des âmes humaines". En 1937, c'est un ami intime de Pasternak qui est arrêté et emmené on ne sait où. Le 22 juillet, un autre de ses amis poète se suicide. Puis c'est un voisin, que Boris voit partir entre deux policiers.


À partir de l'entrée en guerre de la Russie soviétique dans le deuzième conflit mondial, la vie de la famille Pasternak devient difficile. Il envoit sa seconde épouse Zina dans l'Oural afin qu'elle soit plus en sécurité. Pasternak, resté à Moscou, vit les bombardements au quotidien. Durant toute la période du stalinisme il renoncera à publier des oeuvres originales et vivra de traductions jusqu'à sa mort. Il travaillera sur la traduction de nombreux textes dont Roméo et Juliette et Antoine et Cléopâtre. Il publiera en 1945 une anthologie de ses oeuvres poétiques. Peu à peu , l'idée d'une grande oeuvre en prose, inspirée par sa propre expérience, refait surface. Il veut y donner le tableau historique de la Russie au cours de ces dernières quarante-cinq ans.


S'il a choisi la profession de son héros, qui sera médecin et connaîtra tous les dilemnes liés à cette activité dans les années de la guerre, de la révolution, de la lutte fratricide entre les "blancs" et les "rouges", et les débuts du collectivisme socialiste, il lui faut encore trouver un nom à la fois original et facile à retenir. Le mot russe "jivoï" qui signifie "vivant" servira de racine au patronyme définitif. Le personnage de Pasternak sera "Jivago", un porteur de vie, de liberté, de vérité et d'audace. Sa rencontre avec une toute jeune rédactrice de 22 ans, Olga Ivinskaïa, sera sa muse et l'inspiratrice du personnage de Lara dans son récit. Le Docteur Jivago n'est ni un roman anticommuniste ni un roman procommuniste. Simplement le héros y déclare que "Ces petites affaires du monde ne l'intéressaient pas".


Sachant pertinemment que les pouvoirs publics l'empêcheront de publier Le Docteur Jivago avant de nombreuses années, il ne se presse pas et écrit pour lui-même. Le roman avance rapidement et ce personnage est pour lui l'occasion d'évoquer, par le biais d'une fiction, ses propres tourments au milieu d'une époque de violence, de trahison, d'illusions et de sacrifices inutiles. Inspiré par son amour fou pour Olga Ivinskaïa, cette idyle à la fois exaltante et tragique, se poursuit à travers l'affreux chaos que traverse la Russie. Il met une telle énergie dans l'écriture de son roman qu'il sera hospitalisé en 1952, à la suite d'un infarctus du myocarde.


Le 5 mars 1953, les journaux annoncent la mort de son ennemi juré, Staline. Ce deuil est suivi d'un certain nombre de mesures d'amnistie. Il lui semble qu'il peut commencer à respirer un peu et, afin de préparer le lecteur à son roman, Pasternak édite des extraits de poèmes, qui formeront la dernière partie de son récit. Dès 1956, une version dactylographiée est prête et proposée aux Editions d'Etat et à deux revues. Les réactions se font attendre, puis brusquement la réponse des revues est sèche et elles estiment que Le Docteur Jivago est "une image injuste et historiquement non objective, éloignée de toute compréhension du peuple".


Pasternak est à la fois consterné et heureux d'avoir rempli le contrat secret qu'il avait passé avec lui-même. Convaincu alors que son roman ne sera jamais publié, il décide qu'il faut le donner à lire à tout le monde par le biais des éditions clandestines. Un communiste italien, agant littéraire à Moscou d'un éditeur milanais, est chargé par ce dernier d'obtenir le consentement de Pasternak pour la parution du roman en traduction à l'étranger.


L'auteur autorise l'éditeur à faire traduire et publier Le Docteur Jivago en langue italienne dans un délai de deux ans. Il ignore à ce moment là, que le ministre des Affaires étrangères a envoyé aux membres du Comité central une note, signalant que l'auteur du Docteur Jivago a autorisé illégalement la publication du livre dans différents pays européens alors qu'il s'agit d'un "pamphlet haineux contre l'U.R.S.S.".


L'insistance soviétique est si pressante que le secrétaire général du Parti communiste italien, intervient directement auprès de l'éditeur milanais pour empêcher cette parution. Le département soviétique de la Culture force même la main de Pasternak afin de lui envoyer par écrit un télégramme où il "estime impossible la publication de son livre dans son état actuel". L'éditeur milanais reste cependant inébranlable. La traduction italienne du Docteur Jivago paraît le 22 novembre 1957. Le feu se propage vite. Pasternak ayant cédé les droits mondiaux sur son roman, celui-ci voit le jour successivement en français, en allemand, en anglais...


Alors qu'en Russie un profond silence entoure le roman, c'est l'émerveillement dans la plupart des pays. La plupart des journaux étrangers estiment qu'il s'agit d'un ouvrage qui en outre a le mérite d'éclairer certains aspects mal connus du "malaise soviétique". Certains n'hésitent pas à classer l'auteur parmi les plus grands esprits de son époque. La rumeur chuchote qu'il aurait même des chances au prix Nobel. Or, cette distinction en Russie soviétique a mauvaise presse depuis son attribution, en 1933, à un grand écrivain russe émigré en France, et dont toute l'oeuvre reflète la nostalgie de la Russie d'autrefois.


Peine perdue, le 23 octobre 1958, le prix Nobel est attribué à Pasternak. Il voudrait en être fier pour lui et pour son pays mais où qu'il se tourne il ne voit que les mensonges et les malentendus. Le Comité central déclare que, ce geste de l'Académie Royale suédoise est une manifestation d'hostilité à l'égard de l'U.R.S.S. et qu'il s'agit d'une manoeuvre pour raviver la guerre froide entre les deux pays.


L'après-midi même, prenant la parole devant des confrères hostiles, il leur déclare qu'en écrivant Le Docteur Jivago il n'a jamais cherché à dénigrer sa patrie, qu'il aurait accepté de "revoir" tel ou tel passage si on le lui avait demandé, qu'il ne se considère pas comme un "parasite" au milieu du peuple, que rien ne l'obligera à renoncer à l'honneur d'être lauréat du prix Nobel et qu'il est d'ailleurs prêt à renoncer à l'argent en le cédant au "fonds du Conseil de la paix". Il conclut avec ces mots "Je n'attends pas de justice de votre part, vous pouvez me fusiller, ou m'envoyer en exil, faire tout ce qu'il vous plaira. Mais je vous demande de ne pas vous hâter. Cela n'ajoutera rien à votre bonheur ni à votre gloire."


Le lendemain, la réaction est directe: "L'attitude de Pasternak, membre de l'Union des écrivains de l'U.R.S.S. Il est devenu une arme de la propagande bourgeoise [...]. Il a rompu les derniers liens avec le pays et son peuple. [...] Considérant sa trahison à l'égard du peuple soviétique, du socialisme et du progrès, Le presidium retire à Boris Pasternak la qualité d'écrivain soviétique [...]."


Il s'y attendait et ne pourra par conséquent pas accepter, sous la pression soviétique, le pris Nobel.


Début 1960, la santé de Pasternak se dégrade. Malgré quelques séjours répétés dans le sud de la Russie chez des amis, il se fatigue rapidement. Il décide de régler la question de ses droits d'auteur pour les nombreuses traductions de son roman et de ses poèmes à l'étranger. Il estime alors que sa famille est à l'abri du besoin et peut s'assurer une vie confortable. Pasternak meurt dans sa datcha, dans les environs de Moscou, le 30 mai 1960, il vient d'avoir 70 ans.


L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, accélère l'engouement du public pour un écrivain hier encore superbement dédaigné. Un groupe d'écrivains soviétiques, prenant conscience de l'erreur des anciens gouvernements dans leur appréciation de son oeuvre, adresse une lettre collective à Mikhaïl Gorbatchev, pour demander la création d'un musée Pasternak. Le musée ouvrira ses portes cinq ans plus tard en 1990, année du centenaire de la naissance de l'écrivain.


source: "Pasternak" d'Henri Troyat, 2006

mercredi 14 février 2007

Henri Troyat


« Pour être heureux, il faut essayer de vivre chaque minute au charme que nous lui trouverons lorsqu’elle ne sera plus qu’un souvenir. » extrait "d’Un si long chemin "

Henri Troyat, Lev Aslanovitch Tarassov de son vrai nom, est romancier et biographe. Il naquit à Moscou le 1 novembre 1911. Au moment de la révolution, son père, qui occupait une situation en vue dans le commerce, fut obligé de s’enfuir, et toute la famille entreprit un long exode qui le mena, tout enfant, de Moscou au Caucase, du Caucase en Crimée, puis, par la Mer Noire, à Constantinople, à Venise et enfin à Paris où il arriva en 1920 , alors âgé de 9 ans.

Elevé par une gouvernante suisse, Henri Troyat, dès son plus jeune âge, parlait indifféremment le français et le russe. Il fit toutes ses études en France au Lycée Pasteur. Licencié en droit, il devint rédacteur à la préfecture de la Seine. Il prend le nom d’Henri Troyat en se consacrant à l’écriture. Son premier roman « Faux jour », qu’il signe en 1935 obtient le prix du Roman populiste. En 1938, le Prix Max Barthou, décerné par l’Académie française, couronne l’ensemble de son œuvre ; et son nouveau roman « L’Araignée », reçoit le Prix Goncourt.

Mais déjà, Henri Troyat songeait à une œuvre plus importante. A peine démobilisé, après la guerre de 1940, il se consacre entièrement à l’écriture et rédige une vaste épopée, inspirée par les souvenirs de ses parents et de ses proches sur la Russie : Tant que la guerre durera, Le sac et la cendre, Etrangers sur la terre. Ces trois gros volumes, auxquels l’auteur travaille près de dix ans, racontent l’histoire d’une famille russe, prise au début du siècle et suivie pas à pas, dans ses espoirs et dans ses déceptions, à travers la guerre de 1914, la Révolution et l’exil.
En 1960, Henri Troyat entreprend à nouveau une grande entreprise romanesque inspirée par son pays d’origine : La Lumière des Justes, en cinq volumes. A partir de 1965, il analyse dans une autre suite romanesque française en trios volumes Les Eygletières, La faim des Lionceaux, La Malandre la saga d’une famille bourgeoise.

Il a également publié des romans, des pièces de théâtres ; et aussi des études biographiques sur les grandes figures de la littérature russes Pouchkine, Dostoïevsky, Lermontov, Tolstoï.

Henri Troyat est élu à l’Académie française en 1959, au fauteuil de Claude Farrère.
Auteur prolifique (plus de cent livres), il n’a de cesse de nous instruire et de nous faire rêver. Henri Troyat est Grand-Croix de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre national du Mérite, Commandeurs des Arts et des Lettres.

Dernier coup de cœur: "La Baronne et le Musicien" aux éditions Grasset, 2004.

La baronne von Meck est tombée amoureuse de Tchaïkovski à travers sa musique. Cet amour artistique a quelque chose d’irréel que ses sentiments ne veulent pas casser : par amour elle va lui proposer de lui verser une rente mensuelle, mais par amour aussi, elle décide d’une condition hors du commun, ils ne se verront jamais mais ils échangeront une correspondance étonnante…

samedi 10 février 2007

La Russie en quelques chiffres


source: site officiel de la CIA (février 2007)
Superficie : env. 17 000 000 Km²
Population en 2006 : env. 143 000 000 hab (8hbts/km2)
Densité : 8 habitants au Km²
C’est le plus grand pays du monde : 31 fois la France ou 1,8 fois les USA
Le lac Baïkal : 31 685 km² c’est la plus grande réserve d’eau douce du monde (le lac Onega qui est le plus grand d'Europe a une superficie d'env. 17,000km2)
Frontières : Plus de 37 000 Km de côtes maritimes et env. 20 000 Km de frontières terrestres
Point culminant : mont Elbrouz 5633 m situé dans le Caucase (plus haut sommet d’Europe). Point le plus bas: la mer Caspienne
Production de pétrole : env. 8 000 000 de barils par jour
Consommation de pétrole : env. 2 000 000 de barils par jour
Rang (pétrole) : producteur mondial de pétrole (après l’Arabie Saoudite et devant les USA) en matière de réserve elle occupe le 9° rang.
Rang (gaz) : 1er producteur mondial de gaz naturel (USA 2°) avec la plus grande réserve mondiale.
Importation : La France occupe le 8° rang en terme d'export vers la Russie, le 1er rang est détenu par les allemands.

autres sources

39-45 : env. 21 100 000 russes morts durant la 2° guerre mondiale, env. 7 000 000 d’allemands, env. 600 000 français, entre 300 000 et 400 000 americains (chiffres assez variables selon les sources avec parfois une marge de 20% !!! )
Cosmonaute : 1er homme dans l’espace Youri Gagarine le mercredi 12 avril 1961 à l’age de 27 ans
Températures : record mondial de froid en zone habitée avec -68°c le 06 février 1933

Moscou

Métro : 270 stations
Nombre de théâtres : 93
Superficie : env. 1000 km² (Paris env. 100 km²)
Périphérique Moscou : 109 km (Paris 36 km)
Distance : à 2478 km de Paris à vol d'oiseau
Altitude : 115 m
Population : 14 millions d'habitants.
Quelques citations:
Les Russes sont généralement très propres. On a raison de dire, en parlant d'eux : les populations slaves. [Alphonse Allais]
Heureux les amoureux sur les montagnes russes. [Jacques Prévert]
On ne juge pas un vainqueur. [Catherine II]
L'épouse, c'est pour le bon conseil; la belle-mère, c'est pour le bon accueil; mais rien ne vaut une douce maman. [Léon Tolstoï]
Les historiens ressemblent à ces gens sourds qui entreprennent de répondre à des questions qui ne leur ont pas été posées. [Léon Tolstoï]
Aimer tout et tous, se sacrifier toujours à l'amour, signifie qu'on n'aime personne, qu'on ne vit pas de la vie terrestre. [Léon Tolstoï]
A cinquante-cinq ans, j'ai conservé ma force virile, et je compte bien que cela durera encore vingt ans; or je vieillirai, je deviendrai repoussant, les femmes ne viendront plus de bon coeur, j'aurai donc besoin d'argent. [ Fédor Dostoïevski]
Ce n'est pas quand il a découvert l'Amérique, mais quand il a été sur le point de la découvrir, que Colomb a été heureux. [Fédor Dostoïevski]
L'homme est une machine si compliquée que parfois on n'y comprend rien, surtout si cet homme est une femme. [Fédor Dostoïevski]
Mentir à sa façon à soi, c'est presque mieux que de dire la vérité à la façon des autres. [Fédor Dostoïevski]
Les proverbes sont particulièrement utiles dans les cas où, de nous-mêmes, nous ne trouvons pas grand chose pour nous justifier. [Alexandre Pouchkine]
"J'achèterai tout", a dit l'or ; "Je prendrai tout", a dit l'épée. [Alexandre Pouchkine]
L'amour est comme le feu, s'il n'est pas alimenté, il s'éteint. [Mikhaïl Lermontov]
Il faut avouer, si triste que ce soit, que le plus pur amour est pour moitié mêlé d'amour-propre. [Mikhaïl Lermontov]
La joie est un escargot rampant. Le malheur un coursier sauvage. [Vladimir Maïakovski]
La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante. [Vladimir Maïakovski]
Un imbécile peut poser à lui seul dix fois plus de questions que dix sages ensemble ne pourraient en résoudre. [Vladimir Lénine]
Ce qui compte ce n'est pas le vote, c'est comment on compte les votes. [Joseph Staline]
La mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million d'hommes est une statistique.[Joseph Staline]
On peut toujours construire un trône avec des baïonnettes. Mais il est difficile de rester longtemps assis dessus. [Boris Eltsine]
Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable. [Nikita Krouchtchev]
Dieu n'existe pas, je ne l'ai pas rencontré. [Youri Gagarine]

mardi 6 février 2007

Motoneige en Carélie


Au départ de Moscou le 1er février, nous avons parcouru en train à peu près 900 km jusqu'à Petrozavosk, la capitale de la Carélie qui comprend 250,000 habitants. Petrozavosk se trouve à environ 300 km au nord de Saint Petersbourg et à 950 km de Mourmansk qui est la plus grande ville au nord du cercle arctique.

La Carélie est aussi surnommée la région des forêts et des lacs. Située juste à l'est de la Finlande, celle-ci fut anciennement finlandaise mais rattachée à la Russie à la suite d'une guerre sanglante, appelée Guerre d'Hiver ou également guerre russo-finlandaise, qui se termina en 1940.

Nous avons donc entrepris notre périple dans cette contrée du nord dans un train couchettes confortable mais pas très rapide! le voyage s'est fait de nuit donc malheureusement nous n'avons pas pu découvrir les paysages entre Moscou et la Carélie. Par contre nous en avons bien profité pour nous préparer psychologiquement au froid à venir (entre -15 et -20 degrés à destination).

Deux charmantes hôtesses, responsables de notre wagon et habillées à la mode soviétique, nous ont servis nos repas chauds et les alcools de circonstance - bière ou vodka - pour la petite anécdote la vodka ne se mesure pas en litre, ce qui semblerait logique, mais en unités de poids - je n'ai pas compris pourquoi mais c'est comme ça!
Après un voyage de 13 heures, nous sommes arrivés à la gare de Petrozavosk, il était 9 heures du matin (croyant arriver à 5 heures du matin nous étions déjà tous au garde à vous depuis 3 longues heures lorsque nous sommes arrivés).

Tous "fraîchement" réveillés, (en ce qui me concerne je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit) nous nous sommes litéralement projetés à l'extérieur du wagon dans l'idée de découvrir une ville complétement différente de ce que nous avions pu connaître jusque ici. Et bien non, Petrozavosk est une ville du nord de la russie tout à fait normale; il fait juste -17 degrés et c'est le moment de ressortir la bonne vieille chapka; d'autant plus que notre jeune guide nous propose, après un déjeuner bien copieux dans un hôtel tout confort, une petite ballade bucolique au bord du lac Onega complètement gelé et recouvert de neige. Le lac Onega est le second lac d'Europe par son étendue (9,700 km2, après le lac Ladoga).

Je vous assure il fait froid et personnellement je passe très rapidement en revue la statue de Pierre Le Grand, le canon de la fameuse époque... une seule image attire mon oeil encore endormi, un homme à 200 mètres de nous assis sur la neige au milieu du lac essayant de pêcher des perches. Voici la première image de cette contrée lointaine qui m'a frappée...
Emmitouflés de nos combinaisons de ski, nous accélérons le pas jusqu'au minibus qui nous attend pour le grand départ en motoneige. Nous roulons peut-être 30 minutes sur une route presque déserte avec un seul panneau qui indique dans un sens Saint-Petersbourg 300 km et dans l'autre Mourmansk 950 km. Cette indication vous donne déjà une idée de la taille du territoire!

Nous arrivons dans un coin forestier avec 3 petites maisons en bois plantées au milieu, il n'y a pas un bruit et pour la première fois depuis Moscou je respire de l'air pur. J'en emmagasine plein les poumons et nous nous dirigons vers une des petites bicoques pour se changer.

En fait, au lieu de se changer nous devons ajouter une combinaison triple épaisseur qui nous fait ressembler à de gros nounours. J'appellerai cette tenue, la tenue cosmonaute. Nous y ajoutons une cagoule, un casque de moto et de grandes bottes qui montent jusqu'aux genoux. Frileuse de nature, j'ai quand même ajouté à tout cet attirail des chaufferettes dans mes gants (quelques heures plus tard mon idée allait malheureusement se révêler insuffisante). Les garçons sont déjà prêts et je suis toujours en train d'enfiler mes bottes...

Au bout de 30 minutes nous sommes tous prêts et attendons le signal de départ à côté de nos motoneige qui n'allaient plus nous quitter durant 3 jours. Nous sommes 8 candidats à l'aventure mais nous n'avons que 6 motoneiges; je décide alors de commencer mon périple en spéctateur à l'arrière, derrière Thibault qui trépigne déjà d'impatience en entendant le ronronnement des moteurs.

C'est parti! nous partons enfin. Il ne neige pas mais le temps se couvre et la température est de -20 degrés, je me tiens comme je peux à l'arrière du motoneige et comme je le dis toujours c'est la pire des places. Les chemins forestiers que nous empreintons sont déjà bien damés et je fais des bonds à l'arrière de l'engin et franchement je n'ai aucun plaisir. Nous avons 85km à parcourir cette première journée et au bout de 20 km je suis transie de froid mais je ne dis rien. Je sers donc les dents et me dis que je serai bien mieux dans mon grand lit chaud à Moscou.

Les paysages sont féeriques, nous nous enfonçons toujours plus dans la forêt, les rares oiseaux (d'ailleurs très beaux) n'entendent que nous et nos engins pollueurs. Les arbres sont figés sous la neige, on dirait que tout est mort. On avance et soudain une étendue plate et blanche, c'est un lac gelé, un parmi tant d'autres. Le guide nous donne pour consigne de nous suivre en fil indienne et d'avancer toujours à la même vitesse. Effectivement avec le poids des motoneiges et les vibrations il se peut que la glace craque par endroit et qu'il y ait de petites résurgences d'eau. Ce n'est dans ce cas pas grave mais il faut en toute logique se mettre un peu en retrait sur la trajectoire et ne surtout pas ralentir.

Nous traversons à toute allure, c'est le néant blanc, le vent nous gèle le nez et pour ma part c'est maintenant tout mon corps qui gèle.
Petite pause goûter de retour sur la rive. Je tremble de tout mon corps et je me dis que ce voyage n'était pas une bonne idée. Je tombe finalement presque en hypothermie et une voiture vient me chercher de toute urgence à la rescousse. Le périple de la journée est bientôt terminé, il ne reste que 15 km jusqu'à notre première halte pour la nuit dans un village carélien.
J'abandonne donc les garçons et je pars pour ce petit village typique en 4*4. En fait il s'agit d'une espèce de jeep soviétique, carrée et dure, ce n'est pas la voiture la plus confortable mais c'est tellement drôle!

Nous sommes en route, le chauffeur qui ne parle que russe n'a pas l'air d'avoir envie de philosopher, je me contente alors de regarder les garçons traverser leur dernier lac gelé de la journée. Je me réchauffe doucement et nous arrivons enfin dans le village.

La voiture s'arrête devant une maison en bois de couleur rouge, j'en déduis alors que nous y passerons la nuit. Une charmante carélienne très souriante me fait faire le tour du propriétaire. Dans la maison principale il y a deux étages. Au rez une cuisine et une grande salle qui sert de salon et de salle à manger. Au premier cinq chambres. Le mobilier est très simple, beaucoup de bois et tout est très propre. Nous ressortons et elle me montre dehors une petite maison en bois dans le jardin, c'est bien entendu notre bagna (comprendre sauna russe), qui est en train de chauffer et sera bientôt à une température idéale!
















J'en suis râvie et me dirige à nouveau dans la maison principale lorsque les garçons arrivent, je suis très contente de les revoir, même si je les ai quittés il n'y a que peu de temps. Nous sommes tous fatigués et affalés dans les canapés. Nous discutons et attendons encore 30 minutes pour notre premier bagna en Carélie. Il est 17 heures, le dîner est prévu à 20 heures, nous avons tout notre temps.

Le bagna est à une température de 85 degrés, nous y ajoutons de l'huile d'eucalyptus, et nous nous réchauffons à tour de rôle. Au bout de 20 minutes je me lance à l'extérieur et fait mon premier roulé boulé dans la neige et reviens en courant pour me réchauffer. Nous alternons ainsi chaud et froid durant 1 heure. C'est le bien être total et j'ai l'impression d'être en pleine forme. Tradition oblige je me fait fouetter avec des branches de chêne. Ma mésaventure de l'après midi est déjà oubliée et il me tarde d'être le lendemain.

Le dîner est servi! nous nous régalons d'une soupe paysanne bien chaude avec des pommes de terre et quelques morceaux de viande. Nous avons aussi du poisson et de la salade russe. Nous buvons du mors (boisson non alcoolisée russe à base d'airelles) que j'adore, de la bière et de la vodka. Après ce festin ravigorant nous continuons à parler de notre première journée et allons nous coucher vers minuit.

Le lendemain notre départ est prévu à 10 heures. Pleine d'espoir, je m'habille plus chaudement que la veille et je rajoute également du papier journal dans mes énormes bottes histoire de m'isoler le plus possible du froid. Nous partons mais cette fois-ci je suis seule sur une motoneige. Nous traversons de petits villages caréliens abandonnés par ses derniers vieux, les maisons en bois s'affaissent, il n'est pas rare de ne voir que 2 ou 3 maisons encore habitées. Les seuls signes de vie sont les cheminées en activité. Nous retraversons des forêts et des lacs, les paysages sont encore plus beaux que le jour précédent. Les conditions sont également meilleures. Il fait moins froid et comme il a neigé durant la nuit la pratique du motoneige est nettement plus agréable, le terrain est plus souple et les chocs sont ainsi amortis. Je suis comme une reine au volant de mon Polaris et je roule à toute vitesse...

Ce jour-ci notre halte déjeuner est dans une isba (maison russe traditionnelle construite en bois). Sa propriétaire, l'unique habitante du village avec son mari et ses deux bambins, est fort sympatique et nous souhaite la bienvenue en carélien. Nous entrons dans son humble demeure, il y a un énorme poêle à bois (traditionnel des campagnes) au milieu de la pièce (ce qui permet de très bien chauffer les pièces attenantes). Il n'y a qu' un étage, elle et sa famille habitent dans une autre isba. Nous nous attablons mourant de fain et nous découvrons râvis une nouvelle soupe, differentes salades typiques de la région, des boulettes de viande exquises et goûtue et à nouveau du mors et du thé. Je remarque d'ailleurs dans le coin de la pièce le traditionnel samovar pour chauffer l'eau du thé. Thibault mange pour quatre et je me régale avec la soupe et le mors.

Rassasiés, la charmante propriétaire nous fait visiter une autre partie de son isba où elle a crée un petit musée sur la carélie; bien évidemment avec l'aide de fonds externes. Elle nous montre des photos de sa famille, de la guerre russo-finlandaise, des soldats, de la vie à l'époque. Nous terminons notre halte par la visite de la petite église orthodoxe en bois du village.















Nous repartons après une halte au petit coin qui se situe dans le jardin également. Après avoir mis 1 heure pour remettre ma combinaison de cosmonaute, ma cagoule et mon casque, nous repartons à l'aventure dans cette contrée étonnante. Cette fois nous voyons quelques villages un peu plus habités, du linge est suspendu à l'exterieur pour sécher (il fait -15 degrés), des stalagtites se sont formés sur les vêtements. Nous voyons des jeunes en ski de fond, des personnes plus agées tirant des luges avec je suppose des denrées, quelques chiens et nous nous faisons même surprendre par un cheval qui, certainement affolé par les bruits de nos moteurs, galope crinière au vent autour de nous. En nous voyons passer, les habitants s'arrêtent et nous font un signe de la main accompagné d'un sourire gelé. La vie se passe au ralenti, tout est cristallisé, on a l'impression d'être dans un reportage du National Geographic...

Je suis toujours seule sur mon motoneige et je ne vais pas le quitter de toute la journée, je me sens toujours bien, je n'ai pas froid grâce également aux poignées chauffantes. Je m'élance dès que je peux à toute allure et je suis toujours les garçons qui sont eux aussi râvis.

En fin de journée nous nous arrêtons dans un autre village (les noms sont difficiles à retenir). Nous aurons parcouru cette journée 170 km. Il fait -17 degrés et arrivons dans notre seconde chaumière. Cette fois-ci il y a une maison principale pour les repas et plusieurs petites maisons toujours en bois pour 4 personnes. Etant 8 nous nous partageons 2 maisons avec chacune 2 chambres et un petit séjour. Comme d'habitude le bagna est un peu plus loin et chauffe déjà, nous apercevons au loin la fumée qui sort de la cheminée.

Ce soir là nous dînons avec nos 3 jeunes guides et le mécanicien. Ils ne sont pas très volubiles et ont l'air exténués. C'est l'anniversaire de l'un d'eux et nous lui chantons "joyeux anniversaire" en français. Il a l'air content mais un peu bourru, nous n'insistons pas!
Nos jeunes caréliens nous font également goûter l'alcool local carélien qui s'appelle le Balsam. C'est très bon et pour moi bien meilleur que la vodka. Nous portons des toasts de rigueur à l'attention de nos hôtes et divers autres par la suite. Il s'agit également d'une tradition russe. Je me suis contentée de 2 petits verres c'est bien assez!
















Nous nous endormons vers 1 heure du matin. Le lendemain, le départ est prévu pour 11 heures et cette-fois nous allons vers le lac Ladoga qui est le plus grand lac d'Europe et le 15ème au monde. Sa superficie est de 17,700 km2. Toutefois nous ne sommes pas encore sûrs de pouvoir rouler dessus en motoneige (réchauffement climatique oblige). Nous verrons bien!

Au bout d'une vingtaine de km nous y arrivons. C'est un paradis blanc. Une immensité blanche et plate à perte de vue. Le ciel est bleu c'est un régal! nous nous arrêtons sur la berge et descendons de nos motoneiges. Nous faisons quelques pas en direction du lac et nous apercevons de gros blocs de glace de 3 à 4 mètres de haut et une barque en bois prise dans la glace. Nous prenons des photos de nous dans toutes les positions avec ce paysage en arrière plan. C'est sublime nous ne voyons que du blanc, du bleu et nous, une dizaine de corps qui ont de la peine à gesticuler dans nos habits du nord. Nous restons là une bonne heure. Les guides regardent l'état de la glace et finalement le verdict: il n'est pas assez gelé!

Nous sommes déçus de ne pas pouvoir nous élancer sur cette piste gigantesque mais tant pis!! le plaisir des yeux est énorme et nous nous en souviendrons toute notre vie.

Nous revenons sur nos pas et mangeons assez tôt car nous devons faire 1 heure 30 de route jusqu'à notre gare. Nous faisons nos sacs et mangeons un dernier camembert président en buvant un dernier verre de Bordeaux rouge avant de passer à table à nouveau. La nuit tombe et il fait un peu plus froid. Thibault et moi prenons place dans le fameux tank soviétique et nos 6 autres copains montent dans un minibus qui n'a pas pu venir les prendre jusqu'à notre isba. La nuit est maintenant là, nous levons la tête et apercevons un ciel tout étoilé, je vois même la Grande Ourse. Tout est bientôt fini, nous repartons vers la gare et je ne dis pas un mot, je repense à ces 3 jours au volant de ma motoneige dans cette belle région, loin de Moscou et de ses 13 millions d'habitants.

Dernière bouffée d'air pur et nous sautons dans le train. Il est 22 heures et nous arrivons à Moscou à 9 heures du matin. Au départ du train, je regarde le paysage noir défiler lentement sous mes yeux. Je m'endors à minuit pour me réveiller à 8h au son de la radio russe. Je m'étire sur un air de Joe Dassin (les russes en sont fous) et tout en me faisant un semblant de nettoyage j'aperçois la banlieue moscovite. Le périple est terminé, nous arrivons à 9 heures comme convenu et sautons dans un taxi sauvage qui nous ammène à la maison, rue Tverskaya.



jeudi 1 février 2007

Moscou est une ville chère et les hôtels ne dérogent pas à la règle, les prix sont très élevés. Aujourd'hui le parc hôtelier s'agrandit et se diversifie, mais vous ne trouverez pas pour autant de jolis petits hôtels de charme, comme vous pourriez en trouver en Europe de l'ouest.

Moscou voit tout en grand et a tendance à oublier que les étrangers ne peuvent pas tous rivaliser avec les oligarques russes. Pour la plupart tous les hôtels sont de grands hôtels cinq étoiles de luxe, il y a quelques hôtels quatre et trois étoiles très confortables mais le prix reste également élevé pour ces catégories. Si vous devez surveillez vos dépenses sachez que vous devrez vous contentez des prestations hôtelières de base. Certains hôtels pratiquent des tarifs de groupe, vérifiez donc auprès de votre voyagiste.

Selon les chiffres officiels, il existe plus de 200 hôtels à Moscou. Mais beaucoup d'entre eux sont des hôtels réservés à des délégations professionnelles. Le visiteur n'a le choix qu'entre deux catégories: les hôtels de luxe et les anciens hôtels soviétiques, moins chers et plus simple. Dans ces hôtels, auparavant gérés par l'Etat, les service est moyen mais les chambres sont généralement propres et spacieuses. L'intérêt de ces hôtels est double car il peut vous donner une idée du genre de vie qui était autrefois celui de l'élite du parti.

Je vous conseille de garder avec vous toutes vos confirmations de réservations.

En ce qui concerne la réservation, je vous conseille de vous y prendre à l'avance et de passer soit par une agence de voyage soit par une personne résidant à Moscou et que vous connaissez. Sachez que si vous résidez à l'hôtel lors de votre séjour en Russie, celui-ci se chargera automatiquement de vous enregistrer (procédure indispensable sous peine de pénalités) auprès des autorités.