lundi 16 avril 2007

Dossier spécial sur la Russie (première partie)

Après l'anarchie, la croissance sauvage
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Au bord de la faillite en 1998, l'es-URSS se réveille grâce à l'envolée du cours des matières premières. Plongée dans un capitalisme flambloyant et brutal.
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C'était il y a un peu plus d'un an. Débauché par un puissant fonds d'investissement américain, ce patron d'une grande banque française à Moscou devait lui dénicher des business prometteurs en Europe. Avec un mot d'ordre:" Misez partout sauf en Russie: trop dangereux, trop mafieux." Pourtant, décidé à convaincre ses nouveaux patrons, le banquier leur a montré une mission éclair aux quatre coins du pays. Visites d'usines, dîners avec le gratin du patronat local, témoignages d'entrepreneurs occidentaux...En une semaine l'affaire était dans le sac. "Ils ont mis 2 milliards de dollars sur la table", exulte aujourd'hui notre frenchy.
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La Russie, nouvel eldorado des aventuriers de la Finance? La momie de Lénine en frémit dans son mausolée sur la place rouge, mais la révolution économique est bien en marche. "Après avoir vécu l'équivalent de la crise de 1929 à la fin de l'ère Eltsine, la Russie fait aujourd'hui partie des meilleurs élèves du FMI!", s'enthousiasme l'universitaire Jacques Sapir, l'un des grands spécialistes du pays. Jugez plutôt: croissance soutenue (6,7% en moyenne depuis 7 ans), excedent commercial impressionnant (119 milliards de dollars en 2005), réserves en devises confortables (200 milliards de dollars).
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Ce bilan est d'autant plus flatteur que, contrairement à ce qui s'était passé dans les années 90, le russe moyen en profite: le chômage proche de 15% en 2000, a chuté de moitié, et le niveau de vie a presque triplé, pour atteindre 4 460 dollars par habitant et par an. Encore 26 millions d'habitants vivent encore sous le seuil de pauvreté absolu (85 euros par mois), mais ils sont 17 millions de moins qu'en 2000.
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A l'inverse, selon l'Académie des sciences, la classe moyenne compte désormais 29 millions de personnes, soit 20% de la population, dont la soif de consommation semble inépuisable. A Moscou, comme dans toutes les grandes villes, les centres commerciaux poussent comme des champignons. "Comme la Chine et l'Inde, la Russie est un pays émergent très prometteur, assure Michel Bricout, ex PDG de la Société générale à Moscou. Elle dispose d'un atout supplémentaire: le niveau d'éducation de la population est bien plus élevé." Ainsi il aura suffit de quelques années de prospérité pour voir apparaître une nouvelle génération de businessmen.
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Impôt sur les bénéfices: un taux fixe de 24% seulement
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S'ils ont appris très vite, ces jeunes patrons russes n'ont peur de rien. "Les affaires, c'est comme la guerre, il faut être plus mobile que l'adversaire!", résume l'un deux, Vadim Dimov, 35 ans, ancien élève officier de l'Armée rouge, aujourd'hui à la tête d'une entreprise de charcuterie qui emploie 75 personnes. Grâce à ce genre de personnages, des groupes privés locaux émergent dans tous les secteurs, comme l'agroalimentaire ou la distribution. Un dynamisme tel qu'il efface toutes les cicatrices: aujourd'hui des descendants d'immigrés russes ayant fui le pays depuis la Révolution reviennent par milliers pour occuper des postes à responsabilité. De même, nombre de jeunes diplômés expatriés rentrent désormais au pays. Alléchées par ce boom, les entreprises étrangères débarquent elles aussi en masse. Leurs investissements directs se sont élevés à 25 milliards de dollars en 2006, 50% de plus qu'un an auparavant. Il faut dire que l'impôt sur les bénéfices a été ramené à un taux fixe de 24%, un vrai paradis fiscal!
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A la tête du pays depuis 2000, Poutine a en effet décidé il y a 3 ans, de reprendre le contrôle de l'économie russe, d'une main de fer. Pour cela il a renationalisé les entreprises considérées comme stratégiques (pétrole, minerais, aéronautique) et placé ses hommes, souvent d'anciens agents secrets comme lui, à la tête des grandes sociétés d'Etat. De même, Poutine a remis au pas les oligarques enrichis par les privatisations sauvages des années 90. Les plus dociles ont été adoubés par le Kremlin et consolident aujourd'hui leurs empires. Les autres ont dû s'exiler, à l'image de Boris Berezovski, l'homme fort du régime Eltsine. Ou bien ont carrément été mis sous les verrous, comme Mikhaïl Khodorkovski, l'ex numéro 1 du pétrole.
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Les groupes russes partent à l'assaut de l'Occident
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Boostés par l'envolée du prix des matières premières et encouragés par Poutine, les grands groupes russes partent maintenant à l'assaut de l'Occident. Ainsi Lukoil a repris les stations-service Mobil aux USA... A Wall Street et à Londres, on compte déjà une vingtaine de sociétés russes cotées en bourse!
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Spectaculaire, le rebond russe reste toutefois fragile. Danger numéro 1: Une chute des prix des hydrocarbures, qui représentent 55% des exportations et 40 % des recettes fiscales. Autre féau: la corruption. Le procureur estime que le gouvernement et les administrations détournent 240 milliards de dollars par an, presque autant que le budget de l'Etat!
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to be continued...

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