jeudi 5 avril 2007

La Volkswagen soviétique


Au début des années 1960 l'automobile s'est généralisée dans tous les pays occidentaux, mais reste peu présente en URSS en raison bien sûr du protectionnisme communiste qui empêche l'importation de modèles européens et surtout américains mais surtout à l'absence de production locale digne de ce nom. À cette époque l'URSS est plus à l'aise dans les poids lourds et dans l'industrie lourde. Elle est inexpérimentée dans la conception de voitures modernes. Seules deux usines construisent des voitures mais leur production est faible et trop chère par rapport aux moyens de la population.
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En 1965 le gouvernement décide de créer une marque étatique visant à permettre à chaque ménage de s'offrir une voiture - le salaire moyen à l'époque est de 200 roubles - la jigouli coûtera env. 4000 roubles et la liste d'attente sera très longue, seul moyen d'aller plus vite: le backshish, finalement la jigouli restera un produit de luxe car seule une partie de la population pourra se l'offrir - Pour ce faire, les soviétiques décident de faire appel à un constructeur occidental expérimenté. Le gouvernement signe un accord avec Fiat. Cette dernière apportera son savoir-faire et son outillage. Le Soviet Suprême décide en 1966 d'implanter cette usine dans une vaste région boisée au bord de la Volga, non loin de la ville actuelle de Samara (env. 1100 km à l'est de Moscou). L'usine ainsi crée est une gigantesque réplique de l'usine de Turin.

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La jeune marque s'appellera VAZ pour Volskyi Avtomobilnyi Zavod soit "fabrique automobile de la Volga". Toutefois, conscient que ce nom pourrait être préjudiciable aux ambitions exportatrices; le gouvernement choisi de lancer un grand concours à travers toute l'URSS pour trouver un nom plus "exportable". Cinquante mille réponses parviendront dont se dégagera celui de "Lada" qui désigne en russe ancien un petit bateau à voile carrée qui sillonnait autrefois la Volga. C'est aussi ce bateau qui servira à illustrer le logo de la marque.



Les travaux de l'usine débutent en 1966 pour s'achever fin 1969, date à laquelle la première Lada sort des chaînes. Son nom de code soviétique est VAZ 2101 mais un nom, Jigouli, est rapidement trouvé. Il s'agit d'une copie de la Fiat adaptée aux conditions climatiques locales. Il faut en fait attendre le 19 avril 1970 pour que l'usine soit officiellement inaugurée et que la production en grande série commence.
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L'usine est unique en son genre avec 3 chaînes de montage de 1,8 km chacune mais aussi une immense station électrique, une fonderie, un centre d'emboutissage, un atelier de plasturgie et diverses industries chimiques, elle produit sur le même site tout ce qui est nécessaire à l'assemblage d'une voiture. Ce choix d'une usine intégrée à été fait dans le but de supprimer les coûts d'éventuels sous-traitants. Le site est de par ce fait unique au monde ne serait-ce que par sa superficie; l'ensemble représente en effet 600 hectares! Dûment surveillés et cernés par de hautes grilles électrifiées...
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La première Lada est donc sortie en 1969 et jusqu'à ce jour plus de 23 millions de voitures LADA de différents modèles sont sorties des chaînes de l'usine à raison d'un véhicule assemblé toutes les 20 secondes. Alignée, la production journalière équivaut à une file de 10km! Ainsi en 2002 se sont près de 780.000 Lada qui ont quitté les immenses lignes de montage soit la 3ème usine la plus productive au monde et la 1ère du continent européen! Ce niveau de production est atteint et maintenu depuis le milieu des années 1970.
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Dès 1971, des voitures sont expédiées dans les pays communistes mais aussi en Occident grâce à un rapport qualité/prix plus qu'attractif, facilité par un taux de change du rouble quelque peu "arrangé" par Moscou. En 1974 sortent les premières "conduites à droites" ce qui permet à Lada d'être présent jusqu'en Australie! Lada est alors la marque économique par excellence.

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De 1985 à 1987, Mikhaïl Gorbatchev lance la Perestroïka qui, involontairement, désorganise le pays et fait apparaître certaines lacunes. Avtovaz voit émerger des problèmes tels que l'augmentation de l'absentéisme, des difficultés croissantes d'approvisionnement et un manque de moyens pour renouveler et moderniser les installations. Après la chute du mur de Berlin le communisme s'éffondre en 1990 provocant l'inimaginable éclatement de l'URSS l'année suivante. Du jour au lendemain le constructeur est privé des réseaux étatiques de distribution et la direction soudain livrée à elle-même ne peux que constater un manque de compétitivité par rapport à l'occident.
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Les projets restent en suspens faute de liquidité. L'argent manque à un point tel que le groupe est contraint, pour survivre, de faire du troc! Le 1er janvier 1997 la dette avoisine le milliard d'euros, Lada est virtuellement en faillite mais le gouvernement russe "bricole" une loi qui sauve une industrie vitale pour le pays en annulant une partie des arriérés d'impôts et en accordant un long échelonnement des paiements pour le reste. De plus General Motors s'intéresse à ce mastodonte et décide d'y investir en créant une société commune: GM-AVTOVAZ détenue à 41% par GM, 41% par VAZ et le reste par la Russie et la banque européenne d'investissement.

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Depuis Lada se modernise en adoptant des méthodes de communication "occidentales". Ainsi la marque multiplie les publicités, lance des offres promotionnelles, propose des financements à crédit et édite un magazine trimestriel. Si tout cela nous semble banal, c'est une nouveauté en Russie. Plus fort encore Lada a développé toute une gamme de produits "lifestyle" qui vont des accessoires auto à la ligne vêtements en passant par la dernière création en date: un VTT dernier cri aux couleurs Lada! Le temps de la sinistre marque étatique est donc bel et bien définivement révolu!
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En ce qui concerne la première née de la marque, la Jigouli 2101, celle-ci n'est produite qu'entre 1969 et 1984 et n'a jamais quitté les frontières de l'URSS. La première voiture est vendue à Vladimir Penkine le 18 août 1969. L'usine la lui reprendra contre une autre 19 ans plus tard pour l'exposer au musée de la marque. Bien évidemment, même si le parc automobile russe s'est bien transformé ces dernières années (en 2006, pour la première fois, les ventes de voitures étrangères ont dépassé celles des modèles nationaux), vous voyez encore de nombreuses JIGOULI dans les rues. Et oui ça roule encore, par la force du Saint-Esprit mais ça roule!!! Pour le fun et faire fureur sur les Champs-Elizées vous pouvez vous en procurez une pour 500$.
A ce prix je ne lésinerais pas sur quelques aménagements!
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Un grand merci à Ilia Bousliakov pour son aide chiffrée.

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