mercredi 12 décembre 2007

Une étoile dans la maison haute

Née en 1910 à Saint Petersbourg, Galina Oulanova aura toute sa vie durant dédié sa vie à la danse. Même si toute jeune elle aspirait à une toute autre carrière, les turbulences du début de ce siècle vont la conduire, sous les conseils avisés de sa mère ballerine également, à épouser la carrière de danseuse classique. En 1917, sous les conseils de celle-ci, elle va donc entrer dans l'internat de l'école chorégraphique de Saint-Petersbourg. C'était à l'époque, selon sa mère, un bon moyen pour elle de ne manquer de rien et d'être à l'abri des lendemains incertains en pleine période révolutionnaire. Durant toute sa jeunesse elle n'entendra que les mots "il doit" et "il faut", répétés maintes et maintes fois par sa mère dont le seul but était de la mettre à l'abri du besoin.



Il fallait qu'elle soit la meilleure, l'étoile que personne ne pourrait atteindre. La danse est un art mais une école de vie et Galina atteindra le sommet de son art par sa persévérance et sa volonté. Son professeur lui enseignera une technique rigoureuse, insistant sur une stricte tenue du torse et des positions des bras pour ce qui concerne l'expressivité, et sur les jambes pour la virtuosité. Plus tard c'est toute sa capacité à exprimer les émotions qui fera toute la différence. C'est pour cela d'ailleurs qu'elle fut autant admirée. Son talent de comédienne associé à l'art de la danse aura créé un tournant dans l'histoire de la danse classique russe. Stanislavski créa le théâtre et l'opéra dramatique, Oulanova introduisit ce système sur scène. Le moindre de ses gestes se devait d'exprimer, d'épouser le rôle.



Elle sera notamment la première danseuse à interpréter Roméo et Juliette de Shakespeare et par hasard ou par amour pour ce rôle, c'est à l'âge de 50 ans, à Vérone, sous le célèbre balcon qu'elle décidera de mettre un terme à sa carrière.


Après des débuts au ballet du Kirov en 1928, elle passera au théâtre Bolchoï, où elle sera soliste de 1944 à 1960. Après son retrait de la scène elle fut nommée professeur et continua à enseigner la chorégraphie jusqu'à sa mort en 1998.


Très appréciée par tout un peuple elle le fût également de Staline qui insistera pour qu'elle n'habite qu' à Moscou, bien qu'elle eut toute sa vie regretté d'avoir quitté son Saint-Petersbourg natal. "En tant que ballerine du Bolshoï elle doit vivre à Moscou", se répétait à dire Staline à propos d'un éventuel retour aux sources. Et connaissant le bonhomme il valait mieux ne rien dire. Galina Oulanova emménagea en 1952 dans la mythique tour stalinienne du quai des Chaudronniers, qui fut édifiée par des détenus du goulag. Cette tour que je qualifierais de ni belle, ni affreuse mais spectaculaire fût et restera l'un des emblèmes de l'époque soviétique. À compter de ce jour, elle ne le quitta plus, et fit à jamais partie de cette élite artistique qui résida dans la maison haute 1/ du si célèbre quai.





La visite de l'appartement de Galina Oulanova est intéressante à plus d'un titre car non seulement elle vous permet d'accéder dans ce bâtiment, symbole de toute une époque, mais en plus elle vous permet de vous imprégner de ce que pouvait être la vie de ces privilégiés d'un autre temps. Situé au 6 ème étage, l'appartement offre une vue spéctaculaire sur le Kremlin et la Moskva. D'une superficie de 145 mètres carrés, il est assez grand pour un appartement "privatif" 2/ de l'époque soviétique.



Sa demeure est raffinée, meublée avec goût. Contre un mur du salon est accroché un grand miroir devant lequel inlassablement elle faisait ses exercices quotidiens, appuyée sur une chaise en guise de barre. Elle disait souvent "comment peut-on aimer faire ce qui est si difficile". Tout dans cet appartement-musée raconte la vie artistique de cette ballerine. Elle n'a jamais accroché de photos d'elle sur les murs par contre de nombreux objets, pour la plupart des figurines liées au monde de la danse, ornent l'appartement. Ce sont essentiellement tous des cadeaux d'admirateurs qu'elle gardait précieusement.




Dans la bibliothèque environ 2,500 livres, principalement sur les beaux-arts, dont 300 dédicacés sont soigneusement rangés. Dans une autre pièce, la seule qui fut transformée après le décès de la ballerine, on y voit quelques chaussons de danse (c'est d'ailleurs intéressant de voir qu'elle a pu être l'évolution du chausson de danse en 75 ans!), des costumes de scènes, une lettre du pianiste Richter, des photos de répétitions, un dessin de Chagall dédicacé, des photos d'artistes amis.



En 1956, elle fit partie, avec Rostropovitch, des quatre premiers artistes soviétiques à pouvoir quitter le pays pour des tournées à l'étranger. Après son retrait de la scène en 1960, elle fut nommée professeur et continua à enseigner la chorégraphie jusqu'à sa mort en 1998. Elle repose aujourd'hui au cimetière Novodievitchi, en face de la tombe de son premier compagnon de voyage, Mstislav Rostropovitch.



La visite de l'appartement-musée se fait sur rendez-vous uniquement au (095) 915 44 47.

1/ La Maison Haute est le titre du livre écrit par Anne Nivat sur la fameuse tour stalinienne du quai des Chaudronniers.
2/ En opposition avec les appartements communautaires où la majorité de la population habitait.


Adresse: 1/15 Kotelnitcheskaïa nab. - Appt.185. Métro Taganskaïa puis à pied ou en Trolleybus n. 63 ou 16.


Aucun commentaire: