samedi 29 mars 2008

Le Musée d'histoire de la ville de Moscou

photo: Le musée situé dans l'ancienne église de St-Jean est une des rares églises qui ne fut pas détruite ou transformée en dépôt à l'époque soviétique.


Le musée d'histoire de la ville de Moscou existe depuis plus de 100 ans et retrace l'histoire de la ville de la ville depuis ses origines au IX siècle. C'est un musée que je conseille vivement car il vous permet de comprendre comment était la ville à ses origines, et surtout comment elle a physiquement évoluée aux travers des siècles. De nombreux tableaux de Vasnetsov y sont exposés et représentent, avec un réalisme qui le caractérise, ses diverses mutations. À moins de passer à côté de beaucoup d'explications, je vous conseille de le visiter accompagné d'un guide.


Le musée se situe dans le quartier de Kitai Gorod, L'un des plus anciens quartier de la ville. N'hésitez donc pas à flâner dans les environs une fois votre visite terminée, vous comprendrez alors mieux comment était ce quartier et quelles sont les richesses historiques et architecturales qui s'y trouvent.



photo: le voile que portaient les femmes mariées à l'époque des premières tribus slaves


Vous remarquerez le superbe escalier en fonte qui mène au premier étage, là où commence le début de la visite. À cette étage vous verrez de nombreuses maquettes, tableaux et vestiges archéologiques remontant loin dans le temps. Il faut savoir que les sous-sols du centre de Moscou sont très riches, et que de nombreuses découvertes ont été faites chaque fois qu'il fallait creuser un peu. Des ossements de mammouths ont été retrouvés sur le mont des Moineaux. Les archéologues ont ainsi pu dater l'arrivée des premiers hommes dans la région à il y a vingt mille ans.


Autrefois - et nous arrivons sans peine à l'imaginer aujourd'hui encore - Moscou était une gigantesque forêt. Des fouilles entreprises à Kolomenskoé ont permis de retrouver les vestiges de la culture des Diakovo. Ils auraient été les premiers habitants de la région. Les slaves arrivent sur le territoire de Moscou au IX ème siècle. Deux tribus majeures se partagent alors le territoire en toute harmonie: les Krivitchi et les Biatitchi. Ces deux tribus vivent et s'habillent de la même façon, seules les boucles de tempes des femmes permettent de les distinguer.




photo: les lapti (chaussures en tilleul tressé)



La tenue vestimentaire est simple mais plus ou moins identique. Les femmes avaient coutume de porter une ceinture ornée de plusieurs petites clochettes. Leur but étant de faire fuir les mauvais esprits (y voir peut-être déjà les signes de ce qui caractérisera plus tard les slaves: la superstition et le mysticisme!). Intéressant également, les femmes une fois mariées devaient se couvrir les cheveux avec un foulard. Les boucles de tempes, signe distinctif entre les deux tribus, étaient alors plaçées sur le foulard des femmes mariées. les jeunes filles, quant à elles, les portaient directement sur les cheveux. Effectivement, les cheveux qui continueraient à pousser après le décès, ont dans diverses sociétés été considérés comme une chose étrange, magique appartenant même au Malin. Dans ce cas même les époux ne voyaient leur cheveux que très rarement. Elles portaient également des chaussures plates en tilleul tressé: les lapti.






photo: la rue Tverskaïa fin XIX ème. Au fond on aperçoit le Kremlin



C'est André Bogolioubski, grand prince de Vladimir de 1157 à 1174 et fils de Youri Dolgorouki qui fit construire le premier Kremlin de Moscou. Le mot Кремль en russe signifie "forteresse", voilà pourquoi il existe des kremlins dans toutes les villes anciennes de Russie. Le Kremlin de chaque ville représente en fait la partie de la ville la plus ancienne qui dû être fortifiée par des murailles pour se protéger des nombreuses invasions mongoles. Le kremlin de Moscou marque aujourd'hui le centre géographique de Moscou et le centre politique de la Russie. Par métonymie l'expression "le kremlin" désigne aujourd'hui le pouvoir russe.



Ce premier kremlin fut construit en bois de sapin, et cette forteresse devait donc protéger le bourg, déjà grand d'un hectare, des incursions mongoles. Aujourd'hui souterraine, la rivière Neglinnaïa longeait le kremlin sur ces deux tiers et délimita plus ou moins géographiquement ce premier petit bourg. Le long de cette rivière au nord-est se construisirent les maisons du bourg marchand que d'autres murs (la muraille de Kitaï Gorod dont il ne reste que deux petites parties visibles aujourd'hui) incorporèrent par la suite. C'est ainsi que les cercles des fortifications successives, bâties au fur et à mesure de l'accroissement de la population, ont donné la structure radioconcentrique de la cité.



En 1238, Moscou est totalement incendiée par les armées venues de la steppe mais elle se redresse très vite. Son économie se développe grâce à ses relations commerciales avec l'Orient. Tandis que Vladimir et Souzdal - les deux centres politiques les plus puissants de cette période - perdent leur prédominance, Moscou, sous l'impulsion des descendants de la dynastie des Riouriks, deviendra le point de rattachement de toutes les terres annexées.



Yvan 1er Kalita fait reconstruire le kremlin en bois de chêne, plus solide. En 1367, sous Dmitrii Donskoï, il sera finalement reconstruit en pierre, mais en pierre blanche. À cette époque, le Kremlin commence à devenir une ville dans la ville et son territoire atteint sa surface actuelle (environ 30 hectares).



À l'intérieur de son enceinte, plusieurs églises, également en pierre sont construites. À la place du palais des Congrès actuel se trouve le quartier du métropolite et là où se trouvent les bâtiments présidentiels se constitue clairement le quartier des nobles. S'y trouvent également un monastère et un couvent, où seront enterrées les épouses des premiers grands princes de Moscou. Ces derniers bâtiments ont disparus mais les sépultures ont été transférées dans une crypte, à l'intérieur de l'actuelle cathédrale de l'Archange-Saint-Michel.



Pour des raisons politiques les nobles perdront les faveurs des grands-princes et devront quitter l'enceinte du Kremlin. Leurs demeures se situeront, à cette période, à l'est de l'actuelle place Rouge, sur une partie du territoire de Kitaï Gorod (ex: le palais des boyards Romanov, rue Varvarka). Les faubourgs, c'est-à-dire les quartiers extérieurs du Kremlin, s'étirent eux-aussi, et des quartiers spécialisés par activités se sont formés. On y trouve entre autres: le quartier des forgerons (actuel quartier de Kouznetski Most), le quartier des artisans, des nobles et des gros marchands (actuel Kitaï gorod), le quartier des fondeurs de canon (autour de l'actuelle rue Pouchétchnaïa)... Sur l'actuelle place Rouge et bien tout ce petit monde y faisait commerce. Le long de la Moskva, au sud du Kremlin, étaient disposés quelques bagnas publics où les habitants y venaient se faire propre. L'eau n'y était pas polluée comme aujourd'hui et on y pêchait même des esturgeons!





Au XVIIème siècle, la délimitation extérieure de Moscou se situe à la hauteur de l'actuel anneau des boulevards. Il s'agit d'un troisième rempart, cette fois-ci en terre, qui sera sous le règne de Catherine II (la Grande) aménagé en jardins (encore visible aujourd'hui).




photo: photo de la rue Tverskaïa, célèbre rue de Moscou, première à être dotée de rails. Au fond, l'Arc de Triomphe (à la hauteur de la gare de Biélorussie) qui fut déplaçée dans les années 30.





Le plan de la ville en 1817 est du pour l'essentiel à Bové, qui s'attacha particulièrement à embellir le quartier aux abords du Kremlin. À son initiative, la rivière Néglinnaïa, canalisée devient souterraine. Il aménage le jardin Alexandre, il construit le Manège tandis que se forme la place du Manège. Le nouveau plan prévoit aussi l'ouverture d'espaces publics dans Kitaï Gorod, avec les places Vieille et Neuve, la Loubianka qui fusionne avec l'esplanade du Kremlin par la place des Théatres. Le nouvel aménagement est aussi l'occasion d'une profonde transformation du bâti. Les vastes demeures aristocratiques sont remplacées par des hôtels particuliers de style Empire, modeste et ramassées.



La visite du musée se poursuit au rez-de-chaussée et nous faisons un petit saut dans le temps de plus de deux siècles pour arriver à la fin du XIXème et au début du XXème. Cette période se visite à travers les yeux de Vladimir Guiliarovski*, un moscovite d'adoption, qui, suite aux grands bouleversements urbanistiques commencés dans les années vingt par les soviétiques, décide de faire revivre les lieux d'une Moscou disparue, à travers un livre publié entièrement en 1983.



Ici encore de nombreux tableaux et plusieurs vitrines dédiées à différents métiers (poste, librairie, pharmacie, photographe, antiquaire...), reflètent l'atmosphère de cette période. On y voit entre autres la superbe caisse manuelle du grand magasin "Mur et Merlize" (actuel Tsoum), qui fut également la première boutique dotée d'un ascenseur.



En 1862, la population moscovite est de 448,000 hbts. En 1917, elle passera à 1,500,000 hbts. Bien que saint-Petersbourg soit la capitale et la ville de la Cour impériale (depuis Pierre le Grand), Moscou est le centre économique du pays. Un tel développement imposera la mise en place de nouveaux équipements et la construction de nombreux bâtiments...





Pour en savoir plus: Musée de l'histoire de la ville de Moscou. Novaïa Plochad 12. Tél: 924 84 90. Métro Kitaï Gorod ou Loubianka. Ouvert de 11h à 18h. Fermé le lundi et le dernier vendredi du mois. Attention! le musée risque de déménager pour permettre la réouverture de l'église.



Source supplémentaire: Moscou, Patrimoine Architectural, Flammarion.

*Moscou et les Moscovites de Vladimir Guiliarovski, éd. Verdier

jeudi 27 mars 2008

L'image du jour

Presque 500 ans séparent les deux concepts!

mardi 25 mars 2008

Un chalet à Zvenigorod

Envie d'une échappée sauvage et de jouer les Davy Crockett le temps d'un week-end. Et bien enfiler votre tocque et rendez-vous à 40 kilomètres de Moscou dans le village de Zvenigorod.


Au sommet d'une colline, non loin du monastère de Savino-Storojevski, se trouve un espace soigneusement gardé, dans lequel ont été construits environ six ou sept "chalets". Ils sont tous entièrement construits, non pas avec de misérables rondins de bois de vingt centimètres de diamètre, mais avec des troncs d'arbre entiers à l'extérieur comme à l'intérieur.


L'architecture extérieure des chalets a été extrêmement bien étudiée et vous noterez, en y faisant le tour, de nombreuses subtilités. La décoration intérieure, quant à elle, est plus que ravissante et a été pensée jusque dans les moindres détails... un régal pour les yeux!


Cependant bien que les chalets soient splendides et plein de charme, l'environnement directe laisse un peu à désirer. Je pense qu'il s'agit d'un complexe assez nouveau qui a été construit sur la zone d'un ancien kolkhoze privatisé suite à la chute du régime (ou complexe du même genre). On sent que les bâtiments en dur se trouvant encore sur le terrain vont être démolis mais en attendant, même si les chalets sont situés les uns à côté des autres sur des terrains clôturés, l'unique voie d'accès se fait au milieu d'anciennes maisons en brique toutes délabrées.

Autre bémol de taille cette fois pour les amateurs de sports en tout genre, il n'y a rien du tout, même pas un traditionnel petit bagna. Je pense que tout cela est en projet mais il faudra revenir dans plusieurs mois. Par contre vous pouvez lire, vous reposez ou vous baladez en toute quiétude. À quelques centaines de mètres en voiture se trouvent un très beau monastère, le domaine de Bolchoe Viazomi et l'église de la Trinité qui, au XVI siècle, appartenait au tsar Boris Godounov. Avec un peu de chance vous tomberez aussi par hasard sur une source d'eau à 4 degrés qui fait l'objet d'un pèlerinage quotidien par les habitants du coin. Ils y vont par tous les temps pour remplir des bouteilles vides ou s'y plonger! amateurs d'eau bienfaisante n'oubliez pas vos citernes!:=)


Bien évidemment tout le nécessaire pour cuire vos chachliks est disponible sur place et sur demande, et ce pour la modique somme de 500 roubles par jour. Vous comprendrez en voyant le prix de location des chalets par nuitée qu'ils poussent le vice un peu loin.


Depuis le chalet vous êtes à environ une minute en voiture du centre de Zvenigorod où se trouve notamment un supermarché assez grand (type mini Auchan) où vous trouverez largement de quoi survivre le temps d'un week-end. Rien à voir avec les "produkti" qui sont les seuls lieux d'approvisionnements dans certains endroits. À noter que vous pouvez commander à l'hôtel un petit-déjeuner copieux qui vous sera apporté dans le chalet.



Pour plus de renseignements http://www.shalerus.ru/ en russe et en anglais (version courte).



vendredi 21 mars 2008

La maison sur le quai




En plein coeur de Moscou, en face pratiquement du Kremlin, le long de la rivière Moskva, vous reconnaîtrez facilement cet imposant immeuble gris, au-dessus duquel se trouve le sigle "Mercedes". La maison du quai (ou maison sur le quai pour être plus juste), surnommée ainsi depuis les années 60, fut, sous Staline et encore plus tard, la maison où étaient logés les membres du gouvernement et l'élite soviétique en général; c'est-à-dire tous les grands noms qui travaillaient à la construction de la nouvelle société soviétique. Ce bâtiment impressionnant fut le théâtre de scènes sanglantes. Nombreux furent dans les années 30, les aparachiks qui furent arrêtés lors de purges massives. Aujourd'hui y habitent encore les descendants de certains anciens locataires, ce qui est le cas pour la famille de l'architecte du bâtiment, mais aussi des membres du gouvernement actuel, des familles aisées et quelques expatriés.






photo: voyez comme le bâtiment se démarque des constructions voisines typiquement russe de la fin du XIXème siècle.


L'idée de construire ce bâtiment naît en 1920. À cette époque, les membres du gouvernement bolchévique vivaient depuis déjà deux ans disséminés dans les hôtels de la ville, notamment les fameux hôtels Métropole et National. La pénurie de logements était très importante à cette époque et assez rapidement il fallu penser à une solution plus stable. Il faut savoir, qu'après la révolution de 1917, le centre névralgique du pouvoir se déplaça de Saint-Petersbourg à Moscou. Moscou vit donc débarquer en masse la nouvelle intelligentsia et leur famille qu'il fallu loger assez rapidement dans des logements luxueux et très confortables (pour l'époque et en gardant à l'esprit que la majorité des moscovites vivaient de plus en plus dans des appartements communautaires).


Cette maison est intéressante à plus d'un titre mais par dessus tout elle reflète comme un miroir l'histoire de tout un pays et de toute une génération.



Son architecte, Boris Iofan, fut choisi car il était le mieux à même, à l'époque, de conceptualiser d'un point de vue architectural la maison type de la nouvelle idéologie. L'idée de construire ce bâtiment, là où il se trouve actuellement, fut motivé par plusieurs paramètres. L'emplacement était tout d'abord idéal; pratiquement en face du Kremlin, le long de la rivière, il devait être un prolongement moderne du Kremlin. De plus sa proximité avec celui-ci le rendait facilement accessible par tout les membres du gouvernement. Le terrain, assez grand pour accueillir ce gigantesque chantier était un des rares encore disponible dans le coeur de la ville. La seule difficulté à surmonter était la qualité du sol et du sous-sol. Effectivement, situé le long de la rivière le terrain était en zone marécageuse. Il fallu donc créer de monumentales fondations pour qu'il puisse tenir debout.




Le bâtiment fut construit très rapidement, en seulement 5 ans, de 1927 à 1931. Il comprenait 24 entrées, toutes fermées et gardées de jour comme de nuit et 505 appartements. Il s'agissait, pour ainsi dire d'une ville dans la ville. Tous ses habitants pouvaient presque y vivre entièrement en autarcie. On y trouvaient un bureau de poste, une banque, une blanchisserie, un supermarché, quelques boutiques, un coiffeur, une cantine, un jardin d'enfants, un centre médical, un club de gym et un cinéma. Le cinéma, toujours en activité aujourd'hui, était le premier cinéma de Moscou à l'époque.




Designer en plus d'être architecte, Boris Iofin dessina également tous les meubles. Petite particularité: chaque appartement possédait les mêmes meubles et aucun des locataires n'en était propriétaire. Chaque meuble était répertorié et chaque année des inventaires avaient lieu. Le but de ceci était de faire comprendre à tous les habitants, que si pour une raison ou une autre ils devenaient ennemis du peuple, ils se retrouveraient, dans le meilleur des cas, à la rue sans rien, avec uniquement les yeux pour pleurer. Ils n'étaient ni propriétaire de l'appartement (comme finalement tous les habitants de la Russie), ni propriétaire des meubles. Se voir attribuer un logement individuel (par famille) et de ce type était une énorme faveur de la part du parti et aucune attache matérielle ne devait entraver la mission de chacun de travailler dans un but commun: la construction d'une société idéale nouvelle!. Toujours dans la même optique, toutes les cuisines étaient très petites; car les plaisirs de la table et les repas en famille ne devaient pas détourner les habitants dans leurs tâches quotidiennes. Plus la cuisine était petite, moins on s'y tenait et plus on travaillait!



Quelques meubles (que vous pouvez voir sur les photos) sont aujourd'hui rassemblés dans l'ancien appartement du concierge qui a été transformé en musée.






Pour l'époque et en tenant bien compte de la situation politique de cette période, tous les appartements étaient spacieux et luxueux. La surface de chaque appartement devait faire plus ou moins 160 mètres carrés. Tous comprenaient au moins une ligne téléphonique (les conversations étaient évidemment sur écoute), l'électricité était disponible de jour comme de nuit, eau chaude et au froide ainsi que le chauffage. Les ascenseurs faisaient leur apparition. Tout cela nous parait bien normal mais il faut se replacer dans le contexte. Tous les meubles ainsi que l'architecture du bâtiment sont de style art-déco (appelé art moderne en Russie). Ne manquez pas d'observer le moindre objet dans le musée, certains en valent le déplacement.



Cette belle histoire sera ternie à partir de années 1936, date à laquelle débutèrent les purges staliniennes. Il s'agit d'une période de répression massive en URSS, pendant laquelle la direction du parti communiste, sous les ordres de Staline, utilisa l'exécution et l'emprisonnement pour éliminer toute opposition politique (existante, potentielle ou imaginaire). À partir de là, qui se croyait en sécurité pouvait à tout moment et pour n'importe quel motif se voir emprisonné, torturé, exilé ou même tué sans aucune autre forme de procès. La maison du bonheur se transforma en "baromètre de la terreur stalinienne" et plus d'un tiers de ses habitants furent tués. Une rumeur parmi les étrangers circule disant que des crimes atroces auraient été commis sur place or selon la gardienne du musée, les hommes du KGB venaient chercher les gens et ceux-ci étaient directement conduits (torturés etc...) dans le bâtiment principal du KGB, place de la Loubianka (le bâtiment existe toujours mais son nom est devenu FSB). Un flou plane donc toujours sur cette question mais cela étant le bâtiment est devenu pour tous le symbole de la terreur.




Lors de sa construction "la maison sur le quai" s'appelait "la maison du gouvernement". Ce n'est que suite à la parution du livre "la maison sur le quai" de Yuri Trifonov dans les années 60 que la maison fut rebaptisée. Ce livre est disponible en russe, en anglais et en français.



La maison est aujourd'hui habitée par des membres du gouvernements, quelques familles aisées ainsi que quelques expatriés. Voici les noms de quelques-uns des habitants de l'époque: Igor Moïsseïev (chorégraphe), Yuri Trifonov (écrivain), la famille de la seconde épouse de Staline, Nikita Krouchtchev (homme d'état soviétique)...



Je vous conseille vivement de visiter le musée. Les visites sont libres tous les mercredis de 17h à 20h et tous les samedis de 14h à 18h. Tél: 959 03 17. Toutes les informations sont en russe, il est préférable d'y aller accompagné d'un guide.

mercredi 19 mars 2008

La photo du jour


lundi 17 mars 2008

La cathédrale Basile-le-Bienheureux

Symbole moscovite par excellence, la cathédrale Saint-Basile se reconnait de très loin. Cet ensemble architectural plein de fantaisie est la carte de visite de la ville, comme la Tour Eiffel est celle de Paris. Située sur la place Rouge, aux abords du Kremlin, elle est sans conteste, le premier symbole architectural que chaque touriste tente de s'approprier, lors d'une première visite de la ville. Témoin de centaines d'années d'histoire, je vous présente un peu de sa propre histoire et quelques photos de son intérieur.

La cathédrale Basile-le-Bienheureux fut édifiée sur ordre du tsar Ivan IV le Terrible pour commémorer sa victoire devant Kazan, prise en 1552, événement majeur de l'histoire de la Russie. Une première église en bois, composée de chapelles rayonnant autour d'une chapelle centrale, fut consacrée dès 1554. Cependant, dès le début de 1555, cette église fut démontée et rebâtie en maçonnerie. La construction des 9 chapelles fut terminée en 1561. À l'époque l'église s'appelait sobor de l'Intercession-de-la-Vierge-sur-le-Fossé. Depuis le XIXème, elle est connue sous le nom de Basile-le-Bienheureux, un simple d'esprit et thaumaturge béatifié qui y fut enterré dans une dizième chapelle bâtie à la fin du XVIème.




Après la prise de Kazan, des églises commémoratives furent construites dans les villes russes que l'armée d'Ivan IV avait traversées et dans lesquelles le tsar avait prié pour la victoire. Pour celle de Moscou, le tsar voulut un monument qui comportât des chapelles consacrées aux saints et aux fêtes dont les jours avaient coïncidé avec les principales péripéties de l'expédition.. C'était une pratique courante au XVI ème s., où la religiosité marquée par la référence à l'histoire et au récit transparaît aussi dans la peinture. La chapelle centrale fut, par exemple, consacrée à l'intercession de la Vierge, une fête importante en Russie.


La double vocation historique et religieuse de la cathédrale détermina un parti général exceptionnel. Les chapelles posées sur un étage de soubassement, groupées suivant un plan centré, sont cependant bien distinctes les unes des autres comme les églises de la ville sainte: La chapelle principale de l'Intercession au centre; quatre grandes chapelles aux quatre points cardinaux, la Trinité à l'est, l'Entrée-à-Jérusalem à l'ouest du côté du Kremlin, Saint-Cyprien-et-Sainte-Justine au nord, Saint-Nicolas-du-Grand-Fleuve au sud; quatre chapelles secondaires sur les diagonales.


Entre ces chapelles serpentent des couloirs qui leur permettent de communiquer entre elles.



Sur ce parti général se sont greffées des formes de l'architecture moscovite du XVIème s. Ainsi, la chapelle centrale, à kokochniki étagés et à tour dans-oeuvre octogonale coiffée d'un chatior, est une interprétation de l'église de l'Ascension à Kolomenskoïe. La première à avoir été conçue avec chatior.





Les chapelles des points cardinaux sont turriformes comme les églises-tours érigées en Russie par les italiens, au début du XVIème s. L'origine des bâtisseurs de la cathédrale étant inconnue, il est impossible de discerner la provenance de nombre des formes architecturales que recèle l'édifice. On peut y constater la présence de détails tant Renaissance que gothique.



Certains motifs ont une filiation identifiable avec les constructions réalisées en Russie par les italiens; d'autres sont sans équivalent sur le territoire de l'Etat moscovite, et, pour quelques autres, sans précédent même dans l'architecture gothique tardive d'Europe centrale.


L'architecture de la cathédrale se distingue tout particulièrement par son fastueux décor. Pas une parcelle de mur n'a été laissée à nu. La symbolique forte doit s'exprimer par un langage architectural complexe, dont le sens nous échappe en partie aujourd'hui.


Les premières modifications sont intervenues à la fin du XVIème s. Les bulbes sont apparus probablement dans les années 1590. Une dizième chapelle fut érigée en 1588 pour abriter, l'année de sa béatification, le tombeau de Basile le Bienheureux. La conception de cette chapelle occupe une place importante dans l'histoire de l'architecture du XVIème s.


La silhouette de la cathédrale fut sensiblement modifiée à la fin du XVIIème s. En effet, dans les années 1680, on y transféra les autels des églises situées le long des fossés du Kremlin que l'on venait de détruire. Les perrons furent couverts et leur paliers dotés de porche à chatior.


Par la suite, de gros travaux furent entrepris pour restituer à l'édifice son aspect d'origine. Ainsi, en 1781-1784, pratiquement toutes les chapelles des années 1680 furent détruites. La cathédrale fut restaurée au XIXème et XXème s.


À l'époque soviétique, l'édifice a en partie retrouvé son aspect du XVI ème siècle.


Source: Moscou patrimoine architectural, éd. Flammarion p.361.


jeudi 13 mars 2008

L'image du jour


mercredi 12 mars 2008

mardi 11 mars 2008

Design hotels in Moscow

MaMaison Pokrovka Suite Hotel (5 étoiles) - métro Chisti Prudi

Pour tous les amoureux du design cosy, très bonne nouvelle puisque Moscou nous offre enfin des hôtels modernes qui vont nous changer des traditionnels Métropole et autres... Situé dans le charmant quartier de Chisti Prudi, l'hôtel offre 84 suites dont aucune n'est identique. Toutes les chambres sont très lumineuses et décorées dans les tons pastels. L'hôtel se situe à une distance à pied très raisonnable du métro ce qui vous permet de circuler dans le centre avec beaucoup de facilité. Le website est en russe et en anglais. Possibilité de réserver online. http://www.pokrovka-moscow.com/. Tél: +7 495 229 57 57


The Golden Apple Boutique Hotel (4 étoiles) - métro Kuznetsky Most


Tout nouveau, tout neuf il s'agit d'un des rares "design" hôtel de Moscou. Situé dans un quartier de Moscou à la fois pittoresque, riche en histoire et très vivant. À 5 min de la station de métro Kuznetsky Most et à 15 min à pied du Kremlin. Vous êtes à 2 min à pied des mythiques bains "bagna" Sandounov. Il s'agit d'un véritable hôtel de charme: Un boutique hotel. Je pense même qu'après lui d'autres hôtels de ce type ouvriront à Moscou. l'hôtel Golden Apple propose 92 chambres bien aménagées dans un style plutôt épuré. Le restaurant de l'hôtel compte parmi les bonnes tables de la ville. http://www.goldenapple.ru/. Tél: +7 495-980-70-00

samedi 8 mars 2008

Carnaval à Moscou

Et oui Venise n'a pas l'apanage du carnaval! les Russes ont aussi le leur. Certes ce n'est pas un mélange de mousselines et dentelles, mais un pittoresque carnaval, où l'ambiance est plutôt chaleureuse et bon enfant. Nous sommes le jeudi 6 mars, le carnaval entame son quatrième jour, la file d'attente est longue pour pénétrer dans le périmètre dédié à la fête, juste à côté de la cathédrale Saint-Basile. Munies de nos appareils photos, Jeanne-Marie et moi profitons de la distraction du dispositif de sécurité pour nous faufiler le plus près possible de l'entrée et attendre le moins longtemps possible dans le froid.
Le carnaval russe porte le nom de Maslénitsa et a lieu cette année du 3 au 9 mars. Maslénitsa vient du mot "maslo" (beurre en russe), car pendant la semaine précédent le Grand Carême on mangeait surtout des laitages, lesquels seront supprimés ainsi que la viande, jusqu'à Pâques. Depuis la christianisation de la Russie, la maslénitsa, antique fête paienne du printemps, se trouve déportée avant le cycle de Pâques, quelle que soit la date de cette dernière. À la différence des autres cérémonies du calendrier orthodoxe, qui sont célébrées à la fin des périodes marquées par la privation et les interdits (carême avant Noël et Pâques), le carnaval exalte les dernières réjouissances, les derniers soubresauts d'énergie avant le Grand Carême.




À l'époque, les russes croyaient que ne pas fêter Maslénitsa pouvait porter malheur. Ainsi, chaque ville et village de Russie aménageait ses espaces publics. On y construisait des baraques de foire et des débits de boissons.



La semaine de carnaval comprend plusieurs étapes, et chaque jour est marqué par une activité bien précise. Cette coutume persiste encore aujourd'hui. Le lundi est le jour de l'accueil de Maslénitsa, le mardi le jour des jeux, le mercredi le jour des ripailles, le jeudi le jour de la "fiesta", la soirée du vendredi est consacrée à la belle-mère, le samedi est réservé aux soirées-amusements des jeunes filles et le dimanche est le jour du pardon. Durant ces sept jours, chaque famille russe accompagne ses repas quotidiens d'un dessert de blini (crêpes traditionnelles au levain assorties de crême fraîche, caviar, saumon, coulis etc...).



À Moscou, tous les moscovites sont invités au pied de l'église Saint-Basile (mais en pratique ce n'est pas non plus la folle foule), où ils pourront écouter de la musique folklorique, se régaler de blinis et déguster du médovoukha jusqu'à l'aube (boisson à base de miel, peu alcoolisée, qui peut se boire chaude ou froide), jouer avec des troubadours russes, sorte d'acteurs itinérants qui invitent le public à participer à toutes sortes de jeux amusants: soulever des haltères chargées de crêpes, construire des tours en blinis... bref, la grande fête de la crêpe!


Le jeudi est toujours le jour le plus amusant. L'année dernière avait eu lieu le concours du mangeur de crêpes le plus rapide. Chaque année, le thème de la compétition est gardé secret.



Pour ne pas déroger à la règle, au centre des festivités se trouve la traditionnelle poupée en paille (le nom primitif étant inconnu on lui donne aussi le nom de Maslénitsa). Elle sera soit enterrée soit consumée dans le feu, le dernier jour de la fête.



Fête paienne à part entière, avec jeux, ripailles et tout ce qui va avec, elle introduit aussi le Carême et partant, tout le cycle pascal pour les plus pratiquants.




Source: Une autre Russie. Fêtes et rites traditionnels du peuple russe. Nadia Stangé-Zhirovova. Aux éd. Peeters & Sélaf.

Chaque année le programme (en russe et anglais) du carnaval est publié, pour la ville de Moscou, sur le site www.maslenitsa.com

vendredi 7 mars 2008

La maison-musée Gorki ou l'Art nouveau en Russie

photo: façade de la maison Gorki (anciennement hôtel particulier de S.P Riabouchinski)

L'Art nouveau qui influença, dès la fin du XIXème s., le style architectural de nombreuses grandes villes ou capitales des pays de l'ouest européen; Je pense notamment à la France, la Belgique, l'Espagne, l'Autriche et l'Allemagne; marqua tout de même de son empreinte quelques pays de l'est européen dont la Russie.



photo: façade de la maison Gorki avec mosaïques

L'Art nouveau est le fait d'une génération d'artistes, qui sortent de leur tour d'ivoire afin de prendre en main le décor de la vie et ainsi couper avec l'exploitation des styles du passé. Ceci afin de proposer une alternative à un historicisme officiel qui empêche le renouveau des formes.


photo: plafond de la salle à manger



C'est dans cette optique que les anciens matériaux comme le bois, la pierre ont été élégamment mariés avec les nouveaux comme l'acier ou le verre. Pour chacun d'eux, des artistes ont poussé leurs recherches à l'extrême pour en tirer le meilleur. C'est ainsi que les pâtes de verres multicouches, les rampes d'escalier à entrelacs de ferronneries, les meubles aux ondulations de bois ont permis de mettre l'art à disposition de tous pour un coût abordable tout en gardant une volonté d'innovation formelle, inspirée de la nature. Cet art est tout de même lié à de nombreux mécènes et se propage dans un milieu élitiste bourgeois.

photo: balcon

En Russie, ce style, qui est désigné par le substentif "moderne" naît aux alentours de 1895 et déclinera à partir de 1910. L'Art nouveau annoncera l'avant-garde russe des années 20, et ne sera qu'une étape de la "révolution"architecturale.


photo: porte d'entrée principale (condamnée aujourd'hui)

Les architectes tentent en effet d'organiser un système de formes reposant sur la primauté de l'aménagement intérieur; ils ont volontiers recours aux techniques et matériaux nouveaux; mais leur expression artistique est irrationnelle, voire mystique. De nombreux architectes vont plonger leurs constructions dans un monde de créatures fantasmagoriques, de personnages de contes, de végétation extraordinaire.


photo: vitrail de l'escalier d'honneur

L'Art nouveau moscovite va apparaître dans l'entourage des Mamontov, une grande famille de négociants, qui accueille les artistes dans son domaine d'Abramtsévo, aux environs de Moscou. Le "cercle d'Abramtsévo" peut se comparer au mouvement Arts and Crafts de William Norris en Angleterre.


photo: animaux fantastiques au sommet d'une colonne (1er étage)


Fiodor Chékhtel, chef de file de l'Art nouveau moscovite construira plusieurs hôtels particuliers dont notamment l'hôtel particulier Riabouchinski (1900), mécène et riche banquier, qui y vécut jusqu'à son départ pour l'Italie lors de la révolution bolchévique. Après la révolution le bâtiment sera nationalisé. En 1918, il est dévolu aux services de visas et de passeports. En 1919, il devient le siège des Editions nationales de l'URSS. Il abrite à partir de 1923 l'Institut de psychanalyse et en 1926, la Société d'échanges culturels internationaux. En 1931, l'hôtel est attribué à Maxime Gorki (les intérieurs ont, à cette époque, été modifiés et les meubles changés). En 1932, une rencontre mémorable entre Staline et les écrivains socialistes a lieu dans la salle à manger; c'est là que le terme de "réalisme socialiste" est inventé. Depuis 1936, c'est le musée Gorki. La femme de Gorki, bien plus jeune que lui, habitera le premier étage de la maison jusque dans les années 1970.


photo: zoom sur une poignée de porte

Dans cette maison tous les espaces sont groupés autour de l'escalier qui ressemble à une vague déferlant jusqu'au rez-de-chaussée et se prolongeant dans les dessins ondoyants du parquet. Cet escalier, très bien éclairé par une lumière zénithale et latérale, est la partie la plus impressionnante de la maison et deviendra caractéristique de tous les hôtels Art nouveau. Il est en pierre calcaire polie et se termine par un pilier torsadé surmonté d'une lampe en bronze ressemblant à une méduse.


photo: l'escalier d'honneur

Le motif de la vague est rappelé dans le plan de l'hôtel avec l'articulation en spirale des pièces autour de l'escalier. Le premier étage était occupé par les appartements privés et par deux pièces probablement consacrées à la collection d'icônes (Riabouchinski possédait la plus riche collection d'icônes de toute la Russie).



Au second étage se trouve une chapelle, dont les murs sont ornés de peintures représentant des motifs traditionnels médiévaux russes. (la chapelle ne se visite pas actuellement, peut être pour cause de rénovation. Il faut noter que la maison aurait besoin, par endroits, d'un petit rafraîchissement).


photo: lampe en bronze évoquant une méduse

Avec ses plafonds ornés de moulures, ses vitraux et ses cadres de fenêtres sculptés, l'intérieur de la maison est impressionnant. À l'extérieur, on est frappé par le contraste que forment les volumes géométriques avec la frise en mosaïque au décor fantastique et les ferronneries aux lignes ondulantes. Le décor et les couleurs plongent cette maison dans un monde à part, fonds sous-marins ou paradis.


photo: au pied de l'escalier, le parquet reprend le dessin de vague se brisant sur le bord

L'hôtel Riabouchinski est un excellent exemple d'art total associant architecture, peinture, sculpture, arts appliqués dans un même édifice, jusqu'au moindre détail, des façades aux ustensiles de cuisine. L'Art nouveau transforme tout objet en objet d'art; chaque détail devient partie d'un tout, qui ressemble à un organisme vivant.


photo: fine sculpture des portes évoquant des estampes japonaises

Lorsque Gorki emménage dans cette maison il ne lui reste que 5 ans à vivre et sa carrière d'écrivain est sur le déclin. On y trouve cependant exposés, de nombreuses photos del'auteur en compagnie de fonctionnaires ambitieux, son chapeau, son manteau et sa canne, ainsi que sa collection de sculptures orientales, de nombreuses lettres et des livres, dont quelques premières éditions.

photo: vitrail de l'escalier d'honneur


Adresse: Malaya Nikitskaya oul. 6. Métro Tverskaya ou Arbatskaya (ligne bleue fonçée) mais dans les deux cas il faut marcher un peu. Le musée est ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h. L'entrée est libre. 100 roubles pour l'utilisation des appareils photos. Des feuilles explicatives pour chaque pièce sont disponibles en plusieurs langues dont le français. Si vous avez des questions n'hésitez pas à demander Jeanne qui se fera un plaisir de vous transmettre ses connaissances dans un français parfait.

Source: Moscou, patrimoine architectural, aux ed. Flammarion.