samedi 29 mars 2008

Le Musée d'histoire de la ville de Moscou

photo: Le musée situé dans l'ancienne église de St-Jean est une des rares églises qui ne fut pas détruite ou transformée en dépôt à l'époque soviétique.


Le musée d'histoire de la ville de Moscou existe depuis plus de 100 ans et retrace l'histoire de la ville de la ville depuis ses origines au IX siècle. C'est un musée que je conseille vivement car il vous permet de comprendre comment était la ville à ses origines, et surtout comment elle a physiquement évoluée aux travers des siècles. De nombreux tableaux de Vasnetsov y sont exposés et représentent, avec un réalisme qui le caractérise, ses diverses mutations. À moins de passer à côté de beaucoup d'explications, je vous conseille de le visiter accompagné d'un guide.


Le musée se situe dans le quartier de Kitai Gorod, L'un des plus anciens quartier de la ville. N'hésitez donc pas à flâner dans les environs une fois votre visite terminée, vous comprendrez alors mieux comment était ce quartier et quelles sont les richesses historiques et architecturales qui s'y trouvent.



photo: le voile que portaient les femmes mariées à l'époque des premières tribus slaves


Vous remarquerez le superbe escalier en fonte qui mène au premier étage, là où commence le début de la visite. À cette étage vous verrez de nombreuses maquettes, tableaux et vestiges archéologiques remontant loin dans le temps. Il faut savoir que les sous-sols du centre de Moscou sont très riches, et que de nombreuses découvertes ont été faites chaque fois qu'il fallait creuser un peu. Des ossements de mammouths ont été retrouvés sur le mont des Moineaux. Les archéologues ont ainsi pu dater l'arrivée des premiers hommes dans la région à il y a vingt mille ans.


Autrefois - et nous arrivons sans peine à l'imaginer aujourd'hui encore - Moscou était une gigantesque forêt. Des fouilles entreprises à Kolomenskoé ont permis de retrouver les vestiges de la culture des Diakovo. Ils auraient été les premiers habitants de la région. Les slaves arrivent sur le territoire de Moscou au IX ème siècle. Deux tribus majeures se partagent alors le territoire en toute harmonie: les Krivitchi et les Biatitchi. Ces deux tribus vivent et s'habillent de la même façon, seules les boucles de tempes des femmes permettent de les distinguer.




photo: les lapti (chaussures en tilleul tressé)



La tenue vestimentaire est simple mais plus ou moins identique. Les femmes avaient coutume de porter une ceinture ornée de plusieurs petites clochettes. Leur but étant de faire fuir les mauvais esprits (y voir peut-être déjà les signes de ce qui caractérisera plus tard les slaves: la superstition et le mysticisme!). Intéressant également, les femmes une fois mariées devaient se couvrir les cheveux avec un foulard. Les boucles de tempes, signe distinctif entre les deux tribus, étaient alors plaçées sur le foulard des femmes mariées. les jeunes filles, quant à elles, les portaient directement sur les cheveux. Effectivement, les cheveux qui continueraient à pousser après le décès, ont dans diverses sociétés été considérés comme une chose étrange, magique appartenant même au Malin. Dans ce cas même les époux ne voyaient leur cheveux que très rarement. Elles portaient également des chaussures plates en tilleul tressé: les lapti.






photo: la rue Tverskaïa fin XIX ème. Au fond on aperçoit le Kremlin



C'est André Bogolioubski, grand prince de Vladimir de 1157 à 1174 et fils de Youri Dolgorouki qui fit construire le premier Kremlin de Moscou. Le mot Кремль en russe signifie "forteresse", voilà pourquoi il existe des kremlins dans toutes les villes anciennes de Russie. Le Kremlin de chaque ville représente en fait la partie de la ville la plus ancienne qui dû être fortifiée par des murailles pour se protéger des nombreuses invasions mongoles. Le kremlin de Moscou marque aujourd'hui le centre géographique de Moscou et le centre politique de la Russie. Par métonymie l'expression "le kremlin" désigne aujourd'hui le pouvoir russe.



Ce premier kremlin fut construit en bois de sapin, et cette forteresse devait donc protéger le bourg, déjà grand d'un hectare, des incursions mongoles. Aujourd'hui souterraine, la rivière Neglinnaïa longeait le kremlin sur ces deux tiers et délimita plus ou moins géographiquement ce premier petit bourg. Le long de cette rivière au nord-est se construisirent les maisons du bourg marchand que d'autres murs (la muraille de Kitaï Gorod dont il ne reste que deux petites parties visibles aujourd'hui) incorporèrent par la suite. C'est ainsi que les cercles des fortifications successives, bâties au fur et à mesure de l'accroissement de la population, ont donné la structure radioconcentrique de la cité.



En 1238, Moscou est totalement incendiée par les armées venues de la steppe mais elle se redresse très vite. Son économie se développe grâce à ses relations commerciales avec l'Orient. Tandis que Vladimir et Souzdal - les deux centres politiques les plus puissants de cette période - perdent leur prédominance, Moscou, sous l'impulsion des descendants de la dynastie des Riouriks, deviendra le point de rattachement de toutes les terres annexées.



Yvan 1er Kalita fait reconstruire le kremlin en bois de chêne, plus solide. En 1367, sous Dmitrii Donskoï, il sera finalement reconstruit en pierre, mais en pierre blanche. À cette époque, le Kremlin commence à devenir une ville dans la ville et son territoire atteint sa surface actuelle (environ 30 hectares).



À l'intérieur de son enceinte, plusieurs églises, également en pierre sont construites. À la place du palais des Congrès actuel se trouve le quartier du métropolite et là où se trouvent les bâtiments présidentiels se constitue clairement le quartier des nobles. S'y trouvent également un monastère et un couvent, où seront enterrées les épouses des premiers grands princes de Moscou. Ces derniers bâtiments ont disparus mais les sépultures ont été transférées dans une crypte, à l'intérieur de l'actuelle cathédrale de l'Archange-Saint-Michel.



Pour des raisons politiques les nobles perdront les faveurs des grands-princes et devront quitter l'enceinte du Kremlin. Leurs demeures se situeront, à cette période, à l'est de l'actuelle place Rouge, sur une partie du territoire de Kitaï Gorod (ex: le palais des boyards Romanov, rue Varvarka). Les faubourgs, c'est-à-dire les quartiers extérieurs du Kremlin, s'étirent eux-aussi, et des quartiers spécialisés par activités se sont formés. On y trouve entre autres: le quartier des forgerons (actuel quartier de Kouznetski Most), le quartier des artisans, des nobles et des gros marchands (actuel Kitaï gorod), le quartier des fondeurs de canon (autour de l'actuelle rue Pouchétchnaïa)... Sur l'actuelle place Rouge et bien tout ce petit monde y faisait commerce. Le long de la Moskva, au sud du Kremlin, étaient disposés quelques bagnas publics où les habitants y venaient se faire propre. L'eau n'y était pas polluée comme aujourd'hui et on y pêchait même des esturgeons!





Au XVIIème siècle, la délimitation extérieure de Moscou se situe à la hauteur de l'actuel anneau des boulevards. Il s'agit d'un troisième rempart, cette fois-ci en terre, qui sera sous le règne de Catherine II (la Grande) aménagé en jardins (encore visible aujourd'hui).




photo: photo de la rue Tverskaïa, célèbre rue de Moscou, première à être dotée de rails. Au fond, l'Arc de Triomphe (à la hauteur de la gare de Biélorussie) qui fut déplaçée dans les années 30.





Le plan de la ville en 1817 est du pour l'essentiel à Bové, qui s'attacha particulièrement à embellir le quartier aux abords du Kremlin. À son initiative, la rivière Néglinnaïa, canalisée devient souterraine. Il aménage le jardin Alexandre, il construit le Manège tandis que se forme la place du Manège. Le nouveau plan prévoit aussi l'ouverture d'espaces publics dans Kitaï Gorod, avec les places Vieille et Neuve, la Loubianka qui fusionne avec l'esplanade du Kremlin par la place des Théatres. Le nouvel aménagement est aussi l'occasion d'une profonde transformation du bâti. Les vastes demeures aristocratiques sont remplacées par des hôtels particuliers de style Empire, modeste et ramassées.



La visite du musée se poursuit au rez-de-chaussée et nous faisons un petit saut dans le temps de plus de deux siècles pour arriver à la fin du XIXème et au début du XXème. Cette période se visite à travers les yeux de Vladimir Guiliarovski*, un moscovite d'adoption, qui, suite aux grands bouleversements urbanistiques commencés dans les années vingt par les soviétiques, décide de faire revivre les lieux d'une Moscou disparue, à travers un livre publié entièrement en 1983.



Ici encore de nombreux tableaux et plusieurs vitrines dédiées à différents métiers (poste, librairie, pharmacie, photographe, antiquaire...), reflètent l'atmosphère de cette période. On y voit entre autres la superbe caisse manuelle du grand magasin "Mur et Merlize" (actuel Tsoum), qui fut également la première boutique dotée d'un ascenseur.



En 1862, la population moscovite est de 448,000 hbts. En 1917, elle passera à 1,500,000 hbts. Bien que saint-Petersbourg soit la capitale et la ville de la Cour impériale (depuis Pierre le Grand), Moscou est le centre économique du pays. Un tel développement imposera la mise en place de nouveaux équipements et la construction de nombreux bâtiments...





Pour en savoir plus: Musée de l'histoire de la ville de Moscou. Novaïa Plochad 12. Tél: 924 84 90. Métro Kitaï Gorod ou Loubianka. Ouvert de 11h à 18h. Fermé le lundi et le dernier vendredi du mois. Attention! le musée risque de déménager pour permettre la réouverture de l'église.



Source supplémentaire: Moscou, Patrimoine Architectural, Flammarion.

*Moscou et les Moscovites de Vladimir Guiliarovski, éd. Verdier

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