mardi 22 avril 2008

La Cité des Etoiles


Звёздный Городок - La bourgade verte


L'histoire de la naissance "la cité des étoiles" est étroitement liée à l'histoire des deux superpuissances qui régiront un nouvel ordre mondial bipolaire au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l'URSS et les USA. Certes, l'intérêt porté par l'homme à l'exploration de l'espace date depuis fort longtemps, mais les avancées technologiques faites par l'Allemagne dans le domaine des fusées va servir de déclencheur dans cette nouvelle compétition que vont se livrer ces deux pays. Sur fonds de confrontations idéologiques et de course aux armements, la conquête de l'espace sera un moyen de plus d'affirmer leur puissance pour des motifs de prestige national. Dans chacun des deux pays, chaque avancée, chaque but atteint obligera l'adversaire à surpasser l'exploit réalisé.

Youri Gagarine

En Russie, les recherches commencent à la fin du 19ème siècle, sous l'impulsion de Constantin Tsiolkovski. Cependant, bien que brillant chercheur, son manque de soutien financier l'empêchera d'être un véritable expérimentateur. C'est Sergueï Korolev, né en 1907, qui sera l'architecte de la conquête de l'espace soviétique. Dès les années 1930, il s'intéressera aux possibilités d'alimentation liquide pour les fusées, et en 1933 son groupe réalisera le premier tir d'une fusée intercontinentale à propulsion liquide. Son succès et l'intérêt militaire croissant dans cette nouvelle technologie poussera le gouvernement soviétique à créer le RNII (Institut de recherche jet propulsion) en 1933.



Une capsule spatiale



La Seconde guerre mondiale et les énormes avancées technologiques militaires seront à l'origine du développement des lanceurs et des missiles balistiques. Il s'agissait de dire à l'autre à quel point on était puissant et que l'on pouvait, même à grande distance, frapper son rival si on le souhaitait. Si bien qu'après la guerre, de nombreux chercheurs soviétiques seront envoyés en Allemagne afin d'y étudier les progrès réalisés. En 1955, les USA promettent d'envoyer le premier satellite terrestre. Ils seront cependant devancés par les soviétiques, qui , le 4 octobre 1957, lanceront "Spoutnik 1", conçu par l'ingénieur Korolev. Il sera le premier d'une longue série de satellites qui finiront par faire entrer l'homme dans l'ère spatiale.


maquette de la station MIR


Viendront ensuite les expériences inévitables sur les êtres vivants. La fameuse chienne Laïka sera le premier être vivant à être envoyé dans l'espace. Lancée par l'URSS à bord de Spoutnik 2 en novembre 1957, elle mourra après sept heures de vol mais cette expérience prouva qu'un être vivant pouvait survivre à un vol en orbite autour de la terre et subir les effets de l'impesanteur. Cette mission préparera le terrain pour le vol spatial de l'homme en fournissant ainsi aux scientifiques les premières données médicales.





Le 19 août 1960, le second vol test pour le programme "Vostok" sera envoyé dans l'espace, avec à son bord notamment deux chiennes, Belka et Strelka, qui seront récupérées vivantes le jour suivant. Ce sera le premier vol spatial à ramener ses occupants vivants!

La statue de Gagarine

En URSS, à cette époque, les première recherches ont lieu dans un centre situé à Moscou. Mais très vite le besoin se fait sentir d'avoir une base d'entraînement particulière avec tout le matériel nécessaire sur place. Le choix se porte sur "Zviezdni Gorodok" (la bourgade verte), à environ 1 heure 30 au nord-est de Moscou, dans la ville de Chtchiolkovo. Il s'agit d'un terrain militaire au milieu d'une vaste forêt. Tout est à construire. Nous sommes en 1960, et à partir de ce jour, tous les cosmonautes soviétiques puis russes y prépareront leurs vols spatiaux. Les premières années, l'existence de ce centre restera secret, sévèrement gardé et isolé du reste du monde. Ce n'est qu'à partir des années 70 et de la visite de Nixon que le climat se relâchera un peu, permettant même aux cosmonautes étrangers de venir s'y entraîner. Le lieu dit "la bourgade verte" sera nouvellement baptisée "la cité des étoiles" par Youri Gagarine lui-même, quelques années après les premiers vols habités soviétiques.



Sergeï V. Zalyotin pilote et cosmonaute russe, notre conférencier.



Il est aujourd'hui possible de visiter la cité des étoiles en ayant au préalable montré patte blanche. Certaines informations personnelles vous seront demandées et hormis quelques cas particuliers, la visite de la cité vous sera autorisée. La cité des étoiles se divise en deux parties: la zone d'habitation et le centre d'entraînement proprement dit. La zone d'habitation, assez triste, est composée d'une quinzaine d'immeubles de style krouchtchevien. Les cosmonautes étrangers sont, quant à eux, logés dans de jolis cottages neufs à proximité. Environ sept mille personnes y habitent. Ce sont pour la plupart les cosmonautes et leurs familles.



On accède au centre d'entraînement en traversant une forêt. Dans le centre d'entraînement travaillent environ 800 personnes. Ce sont pour la plupart des ingénieurs, des médecins, des techniciens, des psychologues, des employés administratifs. Nous sommes accueillis à notre arrivée par le responsable depuis 25 ans de la centrifugeuse, véritable attraction numéro un pour tous les visiteurs. C'est cette personne qui nous guidera dans les différents bâtiments du centre, mais d'abord nous débutons notre périple par une passionnante conférence de 45 minutes qui nous sera donnée par Sergeï Zalyotin, pilote et cosmonaute russe, vétéran de deux missions dans l'espace.


Sergeï Zalyotin



Ce qui me frappe d'abord chez cet homme c'est son regard lointain, comme si une partie de lui restait à tout jamais dans le cosmos. C'est avec beaucoup d'humour , de modestie et de passion qu'il nous parle de l'espace, du centre, de ses vols et de sa propre préparation. Nous pourrions rester des heures à l'écouter mais nous nous contentons de 45 petites minutes. Sergeï Zalyotin est né en 1962. Son numéro de cosmonaute russe est le 92 et son numéro au niveau international est le 392. Il a passé 83 jours dans l'espace et totalise deux vols/missions respectivement en 1990 et 2000.



de vieux modules spatiaux finissent abandonnés sur le domaine de la cité des étoiles.



Le 12 avril 1961, Youri Gagarine s'envolera dans la capsule "Vostok 1". Il sera le premier homme à voyager dans l'espace, réalisant une révolution complète autour de la terre en 108 minutes et à une moyenne de 250 km d'altitude. Devenu héros de l'Union Soviétique, il ne sera jamais autorisé à retourner dans l'espace. En effet, Krouchtchev préféra le garder près de lui "sur terre" mieux à même de servir les intérêts de la propagande soviétique. La femme de Gagarine, toujours vivante, vit encore actuellement à la cité des étoiles.

Et puis nous connaissons la suite, 1969 Armstrong marche sur la lune...


maquette de la station MIR



Aujourd'hui, en situation de paix mondiale relative, mais aussi pour des raisons de coûts, les programmes nationaux ont laissé place aux programmes internationaux; et comme deux rescapés d'une époque révolue, seuls deux centres d'entraînement existent au monde: "la cité des étoiles" et le Johnson Space Center, à Houston, aux USA. Les cosmonautes sont ainsi tour à tour envoyés soit aux USA soit en Russie pour certains de leurs entraînements. Ils se connaissent ainsi tous et dialoguent dans une langue commune: l'anglais. Sur une population mondiale de 6,5 milliards, seuls 460 terriens sont allés dans l'espace. Sur ces 460 personnes, 100 cosmonautes sont russes, 220 sont américains, environ une centaine sont européens et le reste viennent d'autres pays.

Un vieil appareil "spatial" servant à récupérer et recycler les déchets humains. Bien que le design ait changé le principe lui est resté le même.


Tous les futurs cosmonautes arrivent au centre en ayant déjà un métier. Pour la plupart ils sont soit pilotes soit ingénieurs de formation. Une fois intégré dans le centre, la durée de l'entraînement va de 10 à 14 ans pour un premier vol. Par contre si vous souhaitez faire qu'un vol en tant que touriste spatial, bonne nouvelle, il ne vous en coûtera que 25 mios de dollars et une année d'entraînement. La liste d'attente pour les vols touristiques est aujourd'hui de trois ans.


La formation du cosmonaute professionnel se déroule en trois étapes:


- La formation générale: étude des disciplines spatiales qui dure deux ans et demi. Ils étudient notamment la mécanique céleste, l'informatique, la navigation, le pilotage, la médecine, les sciences de la vie, l'astronomie... À l'issue des premiers examens clôturant cette session, le cosmonaute en devenir sera soit cosmonaute d'essai, soit cosmonaute chercheur.


- La préparation spécialisée "en équipage": cette préparation concerne surtout les cosmonautes d'essai qui ont l'intention d'intégrer un programme de lancement. Cette préparation dure de 5 à 6 ans. Ils étudient notamment les vaisseaux et les stations spatiales. Ils ont environ 150 examens à passer.


- La préparation à un vol complet: cette formation dure 3 ans et comprend une formation plus concrète avec des séances en simulateur, des vols paraboliques, des stages de survie... Deux équipages sont formés simultanément pour un même programme, un titulaire et un remplaçant. À quelques semaines du vol, l'équipage titulaire est confirmé ou non pour la mission.



Le bâtiment où se trouve la plus grande centrifugeuse au monde


Ils sont durant tout ce temps accompagnés et suivis par un groupe de psychologues, entraîneurs, professeurs et médecins qui analysent leurs progrès physiques, leur équilibre psychologique... Pour notre cosmonaute/conférencier, le plus difficile psychologiquement est de devoir travailler de façon acharnée pour une perspective très éloignée. Le plus dur physiquement est de devoir porter le scaphandre qui pèse 125 kg (Il est composé de 10 épaisseurs, parcouru de 100 m de tubes plastique, il résiste aux micro météorites et protège le corps des écarts de température - dans l'espace il peut faire jusqu'à -270 degrés - ). L'autre moment qui, selon lui, n'est pas très agréable est l'adaptation du corps au phénomène de l'impesanteur; le rythme cardiaque ralentit et le coeur ne travaille plus qu'au quart de sa capacité normale. La température du corps augmente jusqu'à une température proche de l'état grippal. Bref, une multitude de "petits" désagréments!


La centrifugeuse

Sergueï nous explique qu'il a mis personnellement deux jours pour s'adapter à ces nouvelles conditions lors de son premier vol. Dix ans plus tard, lors de son second vol, son corps ne mettra qu'une seule heure à s'adapter!


Sans être des sportifs d'élite, tous les cosmonautes sont dotés d'une bonne condition physique et leurs performances sportives sont très bonnes. Les cosmonautes s'entraînent trois fois par semaine deux heures en faisant du tennis, du footing, de la musculation, du ski de fond...


La centrifugeuse

À ce jour, 250 russes ont obtenus le diplôme de cosmonaute mais seulement 100 sont allés dans l'espace. Et oui, le billet pour l'espace n'est pas un fait garanti. De nombreuses raisons peuvent conduire à la non sélection d'un cosmonaute pour un vol. Parmi elles il y a très certainement la non sélection pour cause de maladie. À l'époque où les programmes spatiaux étaient nationaux, les russes remplaçaient le cosmonaute malade ou bien changeaient toute l'équipe, à la différence des américains, qui eux, reportaient uniquement le vol.


module/simulateur Soyouz



Parmi tous les objets de torture se trouvant à la cité des étoiles, la centrifugeuse tient une place unique et sa visite est incontournable. Située dans un large bâtiment cylindrique, elle fut construite en 1979 et utilisée dans les programmes de formation à partir de 1981. Il s'agit de la plus grande centrifugeuse au monde. Elle pèse 305 tonnes et la longueur de son bras est de 18m. Un moteur électrique très puissant aménagé dans les sous-sols du bâtiment permet sa rotation autour d'un axe vertical. Elle sert à recréer les accélérations de lancement et les retours dans l'atmosphère. Elle permet d'atteindre les 30G.

Autre curiosité la piscine. Celle-ci permet de simuler les sorties dans l'espace. Le cosmonaute emmitouflé dans son scaphandre est déposé dans l'eau à l'aide d'une grue. Des hommes grenouilles l'attendent dans le bassin et lui rajoutent des poids pour lui permettre d'atteindre et de travailler sur des maquettes grandeur nature. En phase d'entraînement ils restent immergé 6 heures dans l'eau. Une fois dans l'espace les astronautes travaillent environ neuf heures par jour, et de leur travail dépendent de nombreuses organisations et instituts de recherche.


Les simulateurs Soyouz et MIR permettent de préparer l'équipage à vivre ensemble durant de longs mois dans leur vaisseau et de simuler certaines parties du vol. Autre élément d'entraînement, l'avion d'impesanteur, un Lliyouchine 76 spécialement adapté aux vols paraboliques et qui permet de simuler durant trente secondes l'absence de pesanteur.


Aujourd'hui, tous les pays travaillent sur la préparation d'un premier vol habité sur Mars, cependant sur une échelle de un à dix ils n'en sont qu' au premier niveau. De nombreuses questions sont encore sans réponse. De plus, y aura-t-il beaucoup de volontaires sachant que la durée de vol est de deux ans!


Réservations: http://www.tsarvoyages.com/ (interlocuteurs parlant russe et français).



Participation de Caroline Guillois pour les photos

1 commentaire:

falkensberg a dit…

Bonjour,
je viens de découvrir ce blog en cherchant des informations sur la princesse Zénaïde Youssoupoff, née Narischkine, arrière grand-mère du célèbre prince Félix Youssoupoff. En Russie elle vécut principalement à Arkhangelskoïe (merci pour les très belles photos !) et au sublime palais Youssoupoff, à Saint-Pétersbourg. Elle vécut aussi longuement en France, où elle construisit le château de Kériolet, en Bretagne, à quelques kilomètres de cez moi.
Si vous avez des informations sur cette femme étonnante, je suis preneur.
Bonne continuation.
Un lecteur breton.