mercredi 12 novembre 2008

"Arbat, mon Arbat"





Ce n'est pas la première fois que je vous emmène sur la vieille rue Arbat, mais cette fois-ci, j'y ai fait une visite guidée. J'ai donc un peu plus d'informations à vous communiquez. Le temps ce jour-là n'était pas beau, même très pluvieux; voilà pourquoi j'ai décidé de ne pas prendre de photos ce jour-là mais d'y retourner un jour de beau temps pour vous en offrir des moins tristes! c'est chose faite aujourd'hui. Voici donc mon circuit "vieil Arbat" revisité sur les très bons conseils de ma guide et ses anecdotes, que vous ne trouverez pas dans les livres touristiques...




Nous commençons la visite par le côté ouest de la rue, c'est à dire du côté de la station de métro Smolenskaïa du côté du "calzo". Notre point de départ est le ministère des affaires étrangères, l'une des sept tours staliniennes qui dominent la ville et lui donnent ses points de repères. Cette tour-ci fut la première à être achevée du vivant de Staline. Et le fait que se soit celle-ci n'est pas le fruit du hasard. En effet, Staline se rendait quotidiennement au Kremlin depuis sa datcha, et le chemin le plus direct passait à l'époque par la vieille rue Arbat qui était ouverte à la circulation (rue piétonne depuis 1986). Par conséquent, il contrôlait chaque jour depuis sa voiture l'avancée des travaux. S'il y a bien une des tours qui devait être terminée en premier c'était bien évidemment celle-ci. Staline, mort en 1953 n'aura alors vu que deux tours de son vivant: la tour qui abrite le ministère des affaires étrangères, et la tour du quai des chaudronniers, communément appelée par les étrangers "la maison Haute".




Pour information, le Mac Donald de la rue Arbat fut le second de Russie. Le premier, ouvert en 1992 se situe non loin de la place Pouchkine. Ce fut alors, comme le rappelle ma guide, un choc culturel immense pour tous les russes mais un choc typiquement russe que l'occidental par définition ne peut pas comprendre. Les clients étaient accueillis à l'entrée par des "bonjour", et le service était si rapide que nos russes post-soviétiques en étaient tout déboussolés... Mc Donald était devenu le symbole d'un grand changement culturel, et les gens peu coutumier de ce type de service "occidental" s'y rendaient tirés à quatre épingles! il n'était pas rare d'y croiser des amoureux y dîner en tête à tête. Cette usine à hamburgers était devenue, pour un temps et pour tous ces anciens citoyens soviétiques the place to be.




En continuant votre chemin, vous remarquerez cette jolie maison bleue turquoise, faisant face à une célèbre statue du sculpteur Alexandre Boulgakov, datant de 1999. Il s'agit d'une statue représentant Pouchkine et sa femme Nathalie. L'endroit ne fut pas choisi au hasard, puisque c'est dans cette maison que le jeune couple fraîchement marié (Nathalie était moscovite), habita en 1829 après leur mariage. Ils y passèrent une longue lune de miel de quelques mois qui se solda par un déménagement précipité. En effet, Pouchkine, connu surtout pour sa grande poésie et son roman en vers avait plusieurs vices dont le jeu, où malheureusement il perdit beaucoup. Faute d'argent il quitta ladite maison et s'en repartit pour Saint-Pétersbourg. Par la suite la maison fut occupée par le non moins célèbre Modeste Tchaikovski, le frère de l'illustre compositeur Piotr Tchaikovski. Ce-dernier y passa même un Noël. Par la suite, comme il se devait, la maison fut transformée en plusieurs appartements communautaires dans les années soixante. À la fin de la période soviétique, et après une bonne rénovation, la maison se transforma en musée littéraire Pouchkine. Les nostalgiques seront très déçus car il s'agit de la seule maison dans laquelle Pouchkine n'a malheureusement écrit aucun livre!







Pouchkine, grand séducteur, croisa et fit chavirer le coeur et la vie de nombreuses femmes. L'une d'entre elles, Ekaterina Ouchakova, habita la maison située non loin de là, sur le côté gauche, au numéro 42 (photo ci-dessous). Très éprise de l'écrivain, elle vécut très mal son mariage avec Nathalie, et ne décida de se marier à son tour qu'après le décès de Pouchkine, donc bien des années plus tard. Ekaterina était la petite fille du général Alexandre Souvorov, qui prit en 1799 le commandement en chef des armées austro-russes.



Quelques années plus tard, en 1812, c'est par la Vieille rue Arbat que Napoléon entra dans Moscou, puis s'installa quelques jours au Kremlin, avant de battre retraite dans une ville en flammes.







Un peu plus loin sur votre droite, se trouve la statue de Boulat Okoudjava, un chansonnier soviétique d'origine géorgienne très populaire en Russie. Il est devenu populaire car ses chansons exprimaient l'horreur de la guerre, l'observation de la société soviétique. Elles étaient simples et parlaient de la vie de tous les jours. On quittait avec lui les discours de propagande récurants de l'époque et les chanssons formatées de toute pièce. Il fut d'ailleurs très proche de Vladimir Vissotski (mari de Marina Vlady), pour qui il composa une chanson d'adieu après son décès par crise cardiaque, durant les jeux olympiques de Moscou en 1980. Boulat Okoudjava composa entre autres la très célèbre chanson "Arbat, mon Arbat". Ceci explique le titre de mon billet...






Nous laissons Boulat dans ses pensées pour se faufiler sous un arche, traverser une cour, puis une autre avant d'arriver devant "la maison coupe". Dans les guides touristiques, elle peut être mentionnée sous le nom de "maison Melnikov". Je vous avoue que toute seule je ne l'aurais jamais trouvée! sa forme particulière, ressemblant à un cylindre est unique, et est l'oeuvre de l'architecte Melnikov, très connu dans les années 20 pour son architecture constructiviste. Moi qui trouve l'idée très spéciale, j'imagine qu'à l'époque elle n'a pas du être perçue autrement par les habitants. En tout cas elle a plu à Staline puisqu'il lui donna l'autorisation d'y séjourner jusqu'à sa mort. Melnikov fut alors l'un des rares moscovites autorisés à vivre dans une résidence privée. La maison ne se visite pas, car elle est toujours habitée et appartient toujours à des descendants de l'architecte.












Revenons sur nos pas, et prenons la ruelle Spassopieskovski, un peu plus loin sur votre droite. Je ne l'avais jamais vue, et pourtant j'en ai fait des allers et retour sur Arbat. C'est typiquement Moscou, il ne faut pas hésiter à s'engager dans toutes les ruelles, vous avez de forte chance d'y trouver des trésors!



Notre trésor est un petit square bordé par une charmante église (l'église du Sauveur-sur-les-Sables), et de jolies demeures de style néoclassique. Un joli petit décor paisible, sachant qu'à deux pas se trouve la bruyante et horrible rue Novi Arbat!




À l'autre bout du square, au numéro 10, se trouve l'hôtel Vtorov qui est aujourd'hui la résidence de l'ambassadeur des Etats-Unis. Vous remarquerez que la rotonde ornée de colonnes ioniennes nous fait tout de suite penser à une petite version de la Maison Blanche, quel joli fruit du hasard.



Au numéro 8 de la même rue, la résidence de l'ambassadeur d'Espagne est presque mitoyenne à son homologue américain. Vous ne me croirez peut être pas (moi même j'avais un doute et suis allée y regarder de plus près), mais la maison datant de 1820 est en bois. Il s'agit d'une maison typiquement russe construite après l'incendie de Moscou. Les colonnes en tout cas sonnent creux!





Dans le square, nous retrouvons une jolie statue de notre poète Alexandre Pouchkine. Nous quittons ce bel endroit pour retourner sur Arbat et son animation.






Au numéro 37, la longue maison jaune fichue d'une porte en bois en son milieu, est la plus ancienne maison de la rue ayant survécu à l'incendie de 1812.








En continuant, un peu plus loin à droite, vous tomberez sur l'un des rares murs de barbouilles de la ville. Depuis que j'habite à Moscou je n'ai du voir que deux tags par ci par là, et je peux vous dire que venant de Suisse, pays réputé pour sa propreté légendaire j'en ai pris un coup. Ce mur de graffitis est appelé le mur de Vitertsoï, du nom d'un groupe de rock populaire du temps de Brejnev, qui revendiquait le changement. Aujourd'hui, les jeunes s'y regroupent, chantent, boivent, griffonnent, s'exaltent, en deux mots s'amusent.





Un peu plus loin, toujours sur Arbat, se trouve une statue scintillante de toute sa couleur dorée; il s'agit de la princesse Turandot, dont Puccini adapta l'intrigue dans son célèbre opéra du même nom.




Juste en face de la statue, se trouve "la maison centrale des acteurs", un tristounet bâtiment gris construit dans le style néo gothique. Si vous levez la tête vous apercevrez deux chevaliers en armures. Construite sous le régime soviétique, elle abritait à cette époque des appartements privatifs qui comptaient parmi les plus beaux de la ville. Ces locataires privilégiés ont cependant connus le même sort que la plupart des aparatchiks habitant dans la fameuse maison sur le quai, puisque de nombreuses arrestations y ont eu lieu.






Je termine ma petite ballade par une jolie maison en bois située au début de la rue Starokoniouchenni, au numéro 6. Impossible de la rater puisqu'elle est tout en bois et de style néo russe. Elle appartenait à une très riche famille, propriétaire de fabriques textiles situées à Yvanovo, une ville industrielle située au nord de Souzdal. Le caveau de cette famille dont j'ai oublié le nom, se situe dans l'enceinte du monastère Novodievitchi, en face de l'entrée de la cathédrale de Smolensk.






3 commentaires:

Voyage en Russie a dit…

Merci pour cette superbe visite!!!

L'équipe de Voyage en Russie
Forum francophone pour voyager en Russie
http://voyageenrussie.xooit.com

Lizotchka a dit…

Merci Tatiana pour cette visite si détaillée. J'ai appris il n'y a pas longtemps que l'église de la ruelle Spassopeskovski est celle qui est représentée sur le célèbre tableau de Polénov, Une cour à Moscou. Le quartier a bien changé depuis qu'il a peint son tableau!
Bonne fin de journée
Elisabeth

Tcheburachka a dit…

Bon dimanche Tatiana!
Au plaisir d'une prochaine visite de Moscou sur ton blog.